Dans l’auditorium de la cité scolaire Françoise-Combes, les discussions vont bon train. Venus de tout l'Hexagone, les représentants de 32 des 56 librairies coopératives françaises ont répondu à l’invitation de La Cavale, librairie coopérative montpelliéraine à l’origine de ces premières Rencontres nationales.
L’objectif de l'événement est de confronter les expériences, les difficultés et les pistes de réflexions et ce quelles que soient la taille et la localisation des structures. En ce premier jour, les participants partagent avant tout leurs attentes et les raisons qui les ont conduits à faire le déplacement.
Partager les expériences
Pour les librairies les plus récentes, l’enjeu est d’abord de prendre du recul. Fondatrice des Madeleines de Proust, à Saint-Just-Saint-Rambert (Loire), Isabelle Caldini vient comparer les difficultés rencontrées depuis l’ouverture de sa librairie. Alors que les cotisations sociales commencent à peser, elle espère aussi trouver des pistes pour mieux organiser la gouvernance et mobiliser les bénévoles. « On est 40 actifs pour 250 coopérateurs. On ne veut pas les épuiser, ces bénévoles, on a besoin d’eux. »
À Caractères Libres, à Aups (Var), la coopérative a permis de reprendre en 2011 une librairie en difficulté. Nathalie, coopératrice, souhaite avec le libraire qui l’accompagne redynamiser le collectif, alors que la situation financière reste fragile. « Ce que j’attends de ces rencontres, c’est de comparer nos problématiques, d’échanger sur les pratiques. »
Même volonté de trouver des solutions aux Libreures, à Leucate (Aude), où Olivier Larrieu cumule les fonctions de libraire et de gérant, tout en s’occupant du salon de thé de l’établissement. Il ne se rémunère pas encore. Sa collègue, Lucie Laffite, espère que les échanges les aideront à pérenniser leur activité. « Moi, ce que j’attends des rencontres, c’est de construire un réseau. Je suis persuadé que dans la conjoncture actuelle, une librairie ne pourra survivre que par le modèle coopératif », estime Olivier Larrieu.
« Il y a une inculture autour de ce modèle : qui mieux que nous peut en parler ?
D’autres participants viennent découvrir le fonctionnement même de ces structures. À Tours, la librairie Les Temps sauvages s’interroge notamment sur le temps nécessaire pour faire vivre une coopérative et s’investir dans les réseaux locaux. Fanny Pochet, libraire à Sauve (Gard), souhaite, elle, mieux comprendre le modèle coopératif. Après le décès de son responsable et d’importantes difficultés rencontrées auprès des cédantes, elle est venue chercher des pistes pour ne pas rester seule aux commandes.
Trois questions à Marguerite Cros, co-présidente de la librairie La Cavale à Montpellier
Livres Hebdo : Pourquoi organiser ces premières Rencontres nationales des librairies coopératives ?
Marguerite Cros : L’idée était d’abord de réaliser que nous n’étions pas seuls et que nous avions certainement des expériences à partager. Nous ne sommes que 56 librairies coopératives en France, avec des réussites, mais aussi des difficultés communes. Comment les autres font-ils face aux questions complexes que nous rencontrons, qu’elles soient politiques, commerciales ou culturelles ? Nous pouvons nous nourrir de ces échanges pour, dans un second temps, chercher des solutions ensemble. À 56, nous avons aussi davantage de poids que chacun isolément. Le contexte du livre est difficile, même si, à La Cavale, nous parvenons à maintenir notre activité et à rémunérer nos trois salariés. Ce n’est pas le cas de toutes les librairies présentes ici.
Quels sont les grands défis qui s’annoncent pour les librairies coopératives ?
Le marché du livre est notre principale préoccupation. À une heure où le milieu de l’édition vit une concentration sans précédent, comment choisir de défendre certains auteurs tout en tournant le dos à certaines maisons ? Cela fait partie des contradictions difficiles à résoudre. Je pense néanmoins que nous sommes toujours plus forts et plus intelligents à plusieurs. Cette interconnaissance peut renforcer notre poids politique et culturel, j’en suis persuadée.
Qu’attendez-vous de ces deux journées ?
La mobilisation a déjà dépassé nos attentes. Dès le lancement du projet, il y a deux ans, les libraires de la Cavale m’ont soutenu. Un noyau de cinq personnes s’est constitué, puis dix, et le collectif s’est élargi. La réussite est déjà là : nous avons réussi à mettre en mouvement un groupe autour d’un projet commun. Reste à décider ensemble de la forme que prendra cette dynamique : un réseau national, une charte ou autre chose.
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Les questions de gouvernance occupent également les esprits. Laurence Mouquet, coopératrice à La Folle Aventure, à Trévoux près de Lyon, veut mieux comprendre comment faire vivre le collectif au quotidien. La librairie compte 120 coopérateurs, mais seuls une trentaine s’investit activement. « Les autres ont pris des parts dès le départ à la manière d’un crowdfunding mais se sentent-ils réellement propriétaires ? », s’interroge-t-elle.
Trois librairies se retrouvent autour d’une première table ronde sur les singularités des projets et des territoires dans l’auditorium- Photo LOUISE AGEORGESPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Pour Philippe Pelade, dirigeant de la librairie Les Volcans, à Clermont-Ferrand, ces rencontres sont aussi l’occasion de mieux faire connaître les statuts de Scop et de partager l’expérience d’une structure de grande taille. « Il y a une inculture autour de ce modèle et c’est en partie de notre faute : qui mieux que nous peut en parler ? Nous sommes ici pour attester de la fiabilité économique de ce modèle », estime le libraire qui a participé à la première table ronde dédiée à « la singularité des projets et des territoires ».
La création d’un réseau national, évoquée dans la présentation de l’événement, reste à définir, tant dans sa forme que dans ses modalités. Cette question sera notamment abordée lundi 26 octobre, lors de la mise en commun des réflexions issues des ateliers qui se sont tenus ce dimanche après-midi.

