Le tribunal des activités économiques de Paris a placé ce mardi 15 septembre Maury Imprimeur en redressement judiciaire, la procédure la plus sévère, réservée aux entreprises déjà en cessation de paiements. Les autres entreprises du groupe, Roto France Impression, Key Graphic et Maury Holding, elles, sont en sauvegarde, une procédure plus préventive.
Cash à sec
Deux ans de restructuration n'ont pas suffi à rétablir l'équilibre : regroupement des productions de Malesherbes vers Manchecourt, cessions d'actifs, arrêt de machines. Le recul de la presse magazine et des prospectus a continué de peser sur les comptes.
Le chiffre d'affaires de Maury Imprimeur, qui emploie environ 680 personnes, est passé de 69,3 millions d'euros en 2022 à 53 millions en 2025, avec une perte nette de 3,78 millions d'euros sur ce dernier exercice.
La baisse s'est accélérée au premier semestre 2026, avec des tensions sur les encaissements. « Sur les six premiers mois de l’exercice 2026, les délais de paiement des clients se sont creusés et notre programme de restructuration entamé réclame une trésorerie plus conséquente que celle dont nous disposons momentanément », explique à Livres Hebdo Pierre-Antoine Laporte, président du groupe Maury Imprimeur. Selon lui, « les procédures visent à préserver la trésorerie disponible pour accompagner notre transformation ».
Livres et magazines, ce que produit vraiment Manchecourt
Le redressement judiciaire concerne l'usine de Manchecourt, dans le Loiret, tournée vers la presse magazine mais aussi fournisseur de plusieurs grands éditeurs.
« L'usine de Manchecourt produit environ 20 millions de livres de poche par an pour un peu moins d'une dizaine d'acteurs de l'édition », précise Pierre-Antoine Laporte. À cela s'ajoute le scolaire, catégorie distincte, avec jusqu'à 2 millions d'exemplaires par an pour trois acteurs majeurs. « Nous travaillons avec les plus grands éditeurs français : Groupe Editis, Louis Hachette Groupe, Gallimard, Média Participations, Humensis, Odile Jacob… », précise-t-il, sans détailler leur répartition entre les différentes catégories.
Selon Pierre-Antoine Laporte, le livre a généré un peu plus de 4 millions d'euros en 2025, soit 7,5 % du chiffre d'affaires de Manchecourt. « Les périodiques représentent 73 % environ, la publicité environ 7,5 % et les 12 % restants sont des produits divers comme les collectivités territoriales notamment », détaille-t-il.
Pas d'arrêt de la production
Le président de Maury Imprimeur l'assure : « La procédure ne change rien à notre quotidien. Les clients continuent d'être servis par les 393 collaborateurs de l'usine. »
Avant de compléter sur les relations avec les éditeurs : « Nous dialoguons avec nos clients régulièrement et nous les avions tenus informés des évolutions de notre situation. Nous comptons sur eux pour nous accompagner dans ce moment difficile. »
Enfin, interrogé sur d'éventuelles suspensions de commandes, il ne donne pas de précisions. Le livre reste minoritaire dans le chiffre d'affaires de l'usine Manchecourt, dont l'avenir dépend surtout de la mue d'un outil encore tourné vers la presse magazine.
