Le marché du livre français a reculé de 0,63 % en valeur et de 1,49 % en volume en 2025, selon les statistiques présentées ce 25 juin à l'assemblée générale du Syndicat national de l'édition (SNE). Le chiffre d'affaires des éditeurs s'établit à 2 883,3 millions d'euros pour 419,6 millions d'exemplaires vendus*. Si le recul reste mesuré, la photographie sectorielle révèle une filière en profonde recomposition, exposée à des forces structurelles qui menacent ses équilibres.
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La situation est d'autant plus préoccupante que cette baisse s'inscrit dans un contexte de menaces directes sur la chaîne de valeur, telle que l’explosion du marché du livre d’occasion en ligne. « La captation de valeur indue et le parasitisme à une échelle sans précédent des opérateurs d'intelligence artificielle générative ne peuvent être tolérés plus longtemps », analyse Renaud Lefebvre, directeur général du SNE.
Le roman noir en force
La littérature confirme sa résistance avec un chiffre d'affaires de 694,6 millions d'euros, en hausse de 4,7 %, portée par les romans noirs et le phénomène Freida McFadden (rayon dont le chiffre d'affaires bondit de 37 % entre 2024 et 2025). L'enseignement scolaire affiche la plus belle progression du panel, à +8,2 %, poussé par les réformes de programmes du primaire qui « ne traduit pas une hausse durable du secteur », selon le SNE.
À l'opposé, la bande dessinée poursuit sa correction après l'euphorie post-Covid, avec un recul de 5 % à 419 millions d'euros. Le manga, pilier du segment, perd 10,5 % en valeur, pénalisé par la fin de grandes séries locomotives. Les sciences humaines et sociales cèdent 5,1 %, les arts et beaux livres 5,4 %.
Un nouveau bureau élu pour le Syndicat national de l'édition
Le nouveau bureau du SNE- Photo FRÉDÉRIC BERTHETPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
À l’occasion de l’Assemblée générale élective du Syndicat national de l’édition, qui s’est tenue jeudi 25 juin, Vincent Montagne a été réélu président pour un nouveau mandat de deux ans. Le nouveau Bureau du Syndicat se compose comme suit : Vincent Montagne, Média-Participations (Président), Louis Delas, École des loisirs (Vice-Président), Marion Glénat-Corveler, Éditions Glénat (Vice-Présidente), Laure Leroy, Éditions Zulma (Trésorière), Anne-Sylvie Bameule, Actes Sud, Cécile Boyer-Runge, Média-Participations, Alban Cerisier, Madrigall, Antoine Gallimard, Madrigall, Gilles Haéri, Albin Michel, Liana Levi, Éditions Liana Levi, Catherine Lucet, Editis, Véra Michalski-Hoffmann, Libella, François Morinière, Groupe Bayard, Denis Olivennes, Editis, Arnaud Robert, Hachette Livre, Jean-Christophe Thiery, Hachette Livre.
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Le livre d'occasion pèse désormais 21 % des achats en exemplaires de livres imprimés, contre 13 % en 2011 — un bond de huit points en 14 ans qui cristallise les inquiétudes de la profession. Après avoir longtemps coexisté pacifiquement avec le neuf, il est devenu, sous l'effet de l'essor des plateformes en ligne, « un puissant mécanisme de cannibalisation » selon le rapport d'activité du SNE. Le Syndicat, avec le Conseil permanent des écrivains, réclame l'instauration d'un droit de revente, sur le modèle de la gestion collective mise en place pour la photocopie ou le prêt en bibliothèque.
L’international à deux vitesses
Les exportations de livres français signent un exercice 2025 encourageant : elles progressent de 5,7 % en 2025 pour atteindre 733,6 millions d'euros, franchissant à nouveau le seuil symbolique des 700 millions après le fléchissement de 2024. La Belgique reste le premier partenaire mondial avec 210,9 millions d'euros (+7,4 %), tandis que le Canada affiche une bonne dynamique à +13,4 %. L'Afrique francophone bondit de 39,5 %, portée par des appels d'offres institutionnels.
En revanche, les cessions de droits marquent un recul de -5,2 %. « Ce n'est pas une fatalité, écrivent Nicolas Roche et Isabelle Darthy, respectivement directeur général de France Livre et présidente de la commission Internationale du SNE. Il est une invitation à renforcer la présence française là où elle se joue vraiment : dans la relation humaine entre professionnels du livre, par-delà les langues et les frontières ».
Les outils interprofessionnels progressent
En creux de ces évolutions, c'est la structure économique de la filière qui est interrogée. Les droits d'auteur portés en charge atteignent 543,8 millions d'euros en 2025 (+4,27 %), représentant désormais 11,7 % du chiffre d'affaires des maisons — une part en hausse alors même que les marges se compriment. Filéas, la plateforme interprofessionnelle de suivi des ventes en librairie, regroupe désormais plus de 9 000 auteurs inscrits et 90 maisons d'édition abonnées, avec des données « sortie de caisse » à J+1 et des chiffres de stock issus d'un réseau de 700 points de vente. Le SNE lance par ailleurs Scapin, son nouveau service collectif anti-piratage numérique, à compter du 1er juillet. Les outils de transparence progressent, coin de ciel bleu alors que les nuages persistent à l’horizon : la filière aborde la seconde moitié de 2026 avec un export déjà orienté à la baisse (-7,1 %) sur les quatre premiers mois, et un marché intérieur qui peine à trouver un second souffle…
* Des chiffres qui confirment ceux sur les ventes de livres en France publiés en janvier par Livres Hebdo en partenariat avec NielsenIQ BookData : -1,6 % en volume, -1 % en valeur. Sur un périmètre légèrement différent basé sur les sorties de caisse chez les détaillants français de 444 millions d'exemplaires de livre neufs physiques ou digitaux pour un chiffre d’affaires global de 3,9 milliards.
Les chiffres clés de l'édition 2025
- 2 883,3 M€ de chiffre d'affaires éditeurs en 2025, soit -0,63 % en valeur et -1,49 % en volume (419,6 millions d'exemplaires) par rapport à 2024
- +2,8 % en valeur par rapport à 2019 (année de référence prépandémie), mais -3,6 % en volume sur la même période
- Littérature : premier segment avec 694,6 M€ (+4,7 %) ; bande dessinée : deuxième avec 419 M€ (-5 %) ; jeunesse : troisième avec 359,6 M€ (-3 %)
- Enseignement scolaire : +8,2 % à 315,9 M€
- Livre d'occasion : 21 % des achats en exemplaires de livres imprimés en 2025, contre 13 % en 2011
- Production éditoriale : 36 119 nouveautés en 2025, quatrième année consécutive de baisse (-19,2 % depuis 2019) ; réimpressions en hausse de 1,5 % (70 522 titres)
- Droits d'auteur versés par les éditeurs : 543,8 M€, soit 11,7 % du CA - (+4,27 % vs 2024)
- Librairies : 25,7 % de parts de marché (-1,1 point vs 2024) ; grandes surfaces spécialisées (Fnac, Cultura, E. Leclerc) en tête avec 29,8 %, sites marchands en ligne 20,1%.
- Exportations : 733,6 M€ (+5,7 %), dépassant le record de 2023 — la francophonie représente 73,2 % des exports ; Belgique premier partenaire (210,9 M€)
- Édition numérique : 275,3 M€, soit 10 % du CA total des ventes de livres ; segment professionnel et universitaire dominant (67,4 % du numérique)
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