Rainer par Lou. Selon la médecine antique, il existe un lien entre le génie et la mélancolie. Force est de constater que de nombreux créateurs, tel Rilke, sont enclins à la « bile noire ». L'individu au tempérament artiste doit-il pour autant se faire soigner ? Non, pour Nietzsche, que cite Jacques Le Rider dans la postface à sa nouvelle traduction du Rainer Maria Rilke de Lou Andreas-Salomé : « Et pour ce qui est de ma longue maladie, ne lui dois-je pas indiciblement plus qu'à ma santé ? » Le mal-être pousse à créer.
Rilke, amant de Lou Andreas-Salomé, « à l'école de Freud », lui avoue dans une lettre vouloir renoncer à l'analyse : « [...] Étant donné ma nature, je ne pouvais rien en espérer de bon. Il produit quelque chose comme une âme désinfectée, une aberration vivante, corrigée à l'encre rouge comme une page de cahier d'école. »
Le poète des Élégies de Duino fluctue entre exaltation et abattement, demande à sa maîtresse un amour océanique d'ordre maternel, éprouve une sorte d'aliénation vis-à-vis de son propre corps. La psychanalyste, qui fut tour à tour aimée de Nietzsche et de Rilke, brosse un portrait posthume du poète dont l'acuité n'est qu'à l'aune de la vanité de toutes choses. Vanité sublimée en vers. « C'est ainsi que le sens de la mort [chez lui], observe l'autrice de ce tombeau, arrivait nécessairement à se renverser en son contraire pour se transformer en libération de la menace que font peser le vécu corporel et ses souffrances [...]. »
Rainer Maria Rilke
Bartillat
Traduit de l'allemand par Jacques Le Rider
Tirage: 1 500 ex.
Prix: 18 € ; 224 p.
ISBN: 9782841008179
