L'annonce, ce lundi 26 janvier, de l'offre publique d'achat (OPA) lancée par Daniel Kretinsky sur Fnac Darty a suscité de vives réactions dans le monde de l'édition. L'homme d'affaires tchèque, déjà propriétaire du groupe Editis, deuxième acteur de l'édition en France, vise à prendre le contrôle majoritaire du premier vendeur de livres sur le territoire. Une perspective qui préoccupe l'ensemble de la chaîne du livre.
Une OPA valorisant Fnac-Darty à plus d’un milliard d’euros
La société EP Group, contrôlée par Daniel Kretinsky, a transmis vendredi au conseil d'administration de Fnac Darty une offre à 36 euros par action, valorisant l'entreprise à plus d'un milliard d'euros. Déjà principal actionnaire à hauteur de 28,5 %, l'entrepreneur tchèque compte franchir le seuil de 50 % du capital pour un investissement total d'environ 230 millions d'euros. Le conseil d'administration de Fnac Darty a accueilli favorablement l'offre, qui représente une prime d'environ 25 % sur le cours moyen récent de l'action.
Lire aussi : En reprenant le contrôle d'Editis, Denis Olivennes souhaite accélérer son redressement
Le dépôt du dossier auprès de l'Autorité des marchés financiers (AMF) est prévu avant la fin du premier trimestre. L'opération n'entraînera pas de retrait de la cote en Bourse. « Nous saluons ce projet de notre premier actionnaire, qui témoigne d'un soutien renouvelé à notre plan Beyond everyday et à notre stratégie de plus long terme », a réagi le directeur général de Fnac Darty, Enrique Martinez.
Concentration verticale redoutée
Du côté du monde du livre, l’annonce de cette opération soulève des inquiétudes majeures quant à la concentration du secteur. « À chaque fois qu'un effet de concentration apparaît dans un marché du livre, on constate une diminution du nombre de petits éditeurs et libraires indépendants au sein de ce marché », explique à Livres Hebdo David Piovesan, maître de conférences à l’Université Lyon-III et ancien libraire.
Lors des vœux du Syndicat de la librairie française (SLF) lundi matin, Alexandra Charroin-Spangenberg, présidente du syndicat, a partagé cette inquiétude : « Nous risquons aujourd'hui de voir le numéro deux de l'édition mettre la main sur le premier vendeur de livres en France, ce qui constituerait une autre forme de concentration inédite et inquiétante ». Lors de la rencontre à l’hôtel de Massa, à Paris, avec des représentants de toute la chaîne et des pouvoirs publics, le sujet était sur toutes les lèvres. Le Syndicat national de l’Édition (SNE) n’a pas réagi officiellement, mais plusieurs membres du principal représentant de la profession ont fait part de leur vigilance sur ce sujet, partagée par les représentants d’auteurs.
Séverine Weiss, présidente du Conseil permanent des écrivains (CPE), se dit « inquiète, concernée et vigilante » face à cette opération. « Toute opération de concentration est évidemment pour nous une mauvaise nouvelle de plus dans le monde du livre », a-t-elle réagi, appelant les pouvoirs publics à s'emparer du sujet et souhaitant « un développement des outils législatifs pour combattre ces mouvements oligopolistiques ».
Elle appelle de ses vœux l'intégration de l'édition dans les règles anti-concentration qui existent pour les médias audiovisuels et la presse, et plaide pour l'instauration d'une clause de conscience pour les auteurs, s’inspirant de celle existant pour les journalistes.
Offre soumise aux autorités de la concurrence
Dans l'entourage de Daniel Kretinsky, on assure que cette OPA s'inscrit dans la continuité de sa stratégie d'investissement dans la distribution et la culture en France et en Europe. L'opération permettrait également de clarifier l'actionnariat de Fnac Darty, alors que le groupe chinois JD.com est en cours d'acquisition du distributeur allemand Ceconomy, qui détient plus de 20 % du capital de l'enseigne française dont il est de fait le 2e actionnaire.
Un changement d'actionnaire indirect qui avait poussé le ministère de l'Économie à poser des conditions à l'automne dernier, dont l'engagement de JD.com et Ceconomy à ne pas augmenter leur participation auprès du groupe français. « L'État suivra de près ce dossier », a assuré Bercy lundi à l'AFP.
Du côté d'Editis, un cadre a déploré auprès de Livres Hebdo l'impact négatif de l'annonce sur les efforts du groupe déployés ces dernières années auprès des libraires, évoquant notamment les politiques commerciales de remise de 36 % pour les petites enseignes indépendantes.
La clôture de l'offre sera soumise aux autorisations des autorités de la concurrence française, suisse et de la Commission européenne. Parallèlement, Fnac Darty, qui accusait une perte sèche de 86 millions d’euros au premier semestre 2025, a annoncé vouloir se séparer de Nature & Découvertes, enseigne dédiée au bien-être acquise en 2019, dont les difficultés pèsent sur les comptes du groupe.
