Comment concilier l'autonomie d'un jeune label et la puissance d'une structure historique ? Comment continuer d’accompagner les auteurs et autrices sur le temps long à l’heure de la surproduction ? Dans un entretien vidéo, Paloma Grossi et Vanessa Retureau, cofondatrices de la maison Les Intranquilles au sein du groupe Les Nouveaux Editeurs, exposent leur vision du métier et leur méthode de travail.
Pour Paloma Grossi, ancienne éditrice aux Échappées puis responsable éditoriale chez Stock, la création des Intranquilles en janvier 2026 répond à un besoin de décélération. Le passage d'un rythme de près de 80 livres par an chez Stock à une programmation limitée à 15 titres annuels redéfinit son action.
Vanessa Retureau, passée par les relations presse de Stock et qui a orchestré la communication des Intranquilles avant d'y devenir aussi éditrice, partageait ce souhait. Elle explique avoir rejoint l'aventure avec la volonté de créer une maison où « les auteurs et autrices seraient accompagnés sur un plus long terme, à 360 degrés ».
Un cadre juridique d'indépendance
L'adossement au groupe Les Nouveaux Éditeurs, fondé par Arnaud Nourry, fournit aux deux éditrices l'infrastructure de distribution nécessaire tout en garantissant leur autonomie. Une clause de liberté éditoriale, inscrite dans les statuts de la société, protège leurs choix contre l’influence des actionnaires.
Pour Paloma Grossi, ce fonctionnement juridique répond aux enjeux actuels de concentration dans l'édition et de fragilisation de l’indépendance. C’est un cadre contractuel, explique-t-elle, dans lequel l'actionnaire majoritaire ne peut « (lui) demander de publier quelqu'un ou l'empêcher de publier quelqu'un d’autre ».
Le retour à l'artisanat
Au moment où cette vidéo est tournée, les premiers livres des Intranquilles viennent d'être mis en rayon. Pour le duo d'éditrices, c’est un grand jour qui marque une rencontre avec le public après plusieurs mois de travail invisible.
Pour faire exister leur catalogue face à l’affluence des nouveautés sur les tables des librairies, Paloma Grossi et Vanessa Retureau ont mené une campagne de terrain à la rencontre de plus de 400 libraires ainsi que de nombreux programmateurs, journalistes, professionnels de l’audiovisuel. Pour Vanessa Retureau, « c’est un vrai retour à une forme d’artisanat » dans lequel les liens se tissent et se consolident avec tous les acteurs de la chaîne du livre.
Les voix de la rentrée 2026
Au programme cet automne, Décolorer sa fille, le premier roman de Lucie Bérard, retenu dans la sélection du prix Stanislas de Nancy (remporté par Élise Lespade pour Paradisi Gloria paru au Cercle Ouvert) et du prix de la Vocation, est d'ores et déjà salué par de nombreuses critiques. Formée au cinéma et à la création littéraire, la romancière y explore la filiation féminine et la charge domestique à travers le prisme d'une obsession de la propreté.
À la même date, paraît Bonne figure de Simon Chevrier, lauréat du Goncourt du premier roman 2025 pour Photo sur demande. Dans ce second livre, il propose une autofiction sociale ancrée dans le milieu du mannequinat masculin. En septembre, la maison publiera Grave de Laure Gouraige, dont les trois précédents romans ont paru chez P.O.L, un récit littéraire sous-titré Trois phrases sur la mort de mon chat qui refuse la hiérarchie traditionnelle des deuils.
Enfin, en octobre, le catalogue s’ouvre à la non-fiction avec Il n'en restera qu'une de Clarence Edgard-Rosa. L’autrice et fondatrice de la revue Gaze y associe une enquête sur la concurrence entre femmes et une confrontation avec ses propres rivales du passé.
