« C’est une grande maison qui ferme, et c’est vraiment triste. » À Rouen, les libraires de l’enseigne Grimoires de Morgane ont tenu à saluer le parcours des éditions Le Héron d’Argent, qui ont annoncé, jeudi 11 juin, leur prochaine fermeture.
C’est par le biais d’une publication sur Instagram que la maison Seine-et-Marnaise a officialisé la nouvelle. Fondée en 2014 par Vanessa et Diana Callico, elle défendait selon ses créatrices « une manière de défendre une littérature francophone – belle, exigeante et libre ». Composé d'environ 80 titres, son catalogue tourné vers l’imaginaire, le thriller, mais aussi les tarots et les oracles, avait su trouver son public. Parmi ses succès figure notamment Contes japonais, de Vanessa Callico et Shiitake, écoulé à plus de 1 000 exemplaires.
Un symptôme de la crise du livre ?
Dans son communiqué, la maison explique que cette décision, prise le 1er juin, est « l’aboutissement d’une analyse lucide de la situation actuelle du marché du livre ». S’appuyant sur les chiffres publiés par le Centre national du livre (CNL), l’éditeur pointe notamment le recul des ventes et ses conséquences directes sur les structures indépendantes. Parmi elles, une « vague de retours d’invendus » jugée presque mécanique, dont « l’impact financier est particulièrement lourd » pour les petites maisons d’édition.
Le Héron d’Argent, dont la diffusion est assurée par Geodiff (Eyrolles) et la diffusion par Sodis (Madrigall), précise également vouloir mettre en place des compensations pour les contributeurs des trois campagnes Ulule qui n’ont pas pu être menées à leur terme.
Auteurs et illustrateurs sous le choc
Pour la soixantaine d’auteurs et d’illustrateurs liés à la maison, l’annonce a fait l’effet d’une déflagration. « Ce n’est pas la seule maison d’édition indépendante à se casser la figure en ce moment, mais une maison avec plus de 13 ans d’existence, ça, c’est un séisme », réagit sur LinkedIn Estelle Dussoulier, qui a publié La Demoiselle des ombres sous le pseudonyme d’Astrid Devair.
À la tristesse s’ajoute l’inquiétude de certains auteurs concernant leurs rémunérations. Dans une publication Instagram, l’autrice Johanna Gras affirme ainsi que la maison lui doit encore 6 500 euros de droits d’auteur au titre de l’année 2025. « Je ne sais pas pour 2026 », ajoute-t-elle sobrement.
Une porte laissée ouverte à une reprise
Le Héron d’Argent cessera officiellement ses activités à la fin du mois de juin. Pour autant, l’aventure éditoriale pourrait ne pas s’arrêter complètement. Dans son communiqué, la maison indique rester ouverte à toute proposition de reprise : « Si un acteur du marché souhaite se positionner pour la reprise de l’ensemble du catalogue, d’une ou plusieurs collections, ou d’un ou plusieurs titres, nous nous tenons à disposition. » Une perspective qui pourrait permettre à une partie de son catalogue de poursuivre son existence, malgré la disparition annoncée de l’une des figures de l’édition indépendante francophone.
Contactée par Livres Hebdo, la maison d'édition n'a pas répondu à nos sollicitations.
