Mettre en lumière des classiques ou des œuvres appelées à le devenir. C’est avec cet horizon comme perspective que les éditions Zoé lanceront en octobre prochain la collection « Les dirigeables ». Chaque année, celle-ci sera enrichie d’un unique volume, écrin de poche conçu comme une porte d’entrée sur l’univers d’une figure littéraire à découvrir ou redécouvrir. Une création éditoriale qui s’ouvrira sur une grande voix du récit personnel, l’écrivaine suisse Catherine Safonoff.
« C’est une collection qui nous tenait à cœur », confie son directeur, Yannick Stiassny, qui y voit un « écho naturel à l’identité de la maison ». Révélées par-delà les frontières suisses pour avoir porté des figures héritées de la contre-culture, puis d’une littérature contemporaine multiculturelle, les éditions Zoé ont aussi bâti leur catalogue en remettant en circulation des textes patrimoniaux, longtemps restés dans l’ombre.
« Nous avons voulu une proposition graphique qui crée l’expérience »
« Nous avions envie de revenir à ce pan moins connu de notre catalogue », explique Yannick Stiassny, évoquant les Œuvres complètes de Gustave Roud ou celles, encore, de Catherine Colomb, qui ont toutes deux bénéficié d’un « important retentissement dans la presse ». Fidèle à son esprit d’ouverture, la maison ne s’interdit pas non plus de mettre en lumière des auteurs encore absents de son catalogue.
Avec une seule parution par an, la collection veut aussi créer l’événement autour d’un écrivain ou d’une écrivaine à redécouvrir. « Nous n’inventons rien en soi : cela a déjà été vu chez Quarto. Cependant, nous souhaitions y apposer notre propre patte », poursuit le directeur de la collection.
À contre-courant de collections déjà bien identifiées, les volumes des « dirigeables », pourtant conséquents (environ 1 000 pages), ont été pensés pour tenir dans une large poche. Papier fin et souple, reliure « integra », format compact et nomade… L’objet se veut léger, à l’image de l’aéronef dont il emprunte le nom. « Un dirigeable doit être mobile, aéré et majestueux, commente l’éditeur. Nous avons voulu une proposition graphique qui crée l’expérience. »
Féministe avant-gardiste et écrivain polygraphe
Proposée à un prix accessible, autour de 30 euros, la collection sera inaugurée en octobre 2026 avec un volume consacré à Catherine Safonoff. À 87 ans, l'autrice, récompensée par le prix quadriennal de la Ville de Genève en 2007 et le prix Ramuz en 2015 pour l’ensemble de son œuvre, a participé à la sélection des textes qui composent cette anthologie moderne.
Parmi ceux-ci, cinq romans, dont La Fortune, Autour de ma mère, ainsi que deux nouvelles, Femme à l’oiseau et La tête de ma femme. L’ouvrage se clôt par un cahier de photographies issues de ses archives personnelles et légendées par ses soins, pour retracer son parcours en images.
La suite est déjà programmée. En 2027, un volume sera consacré à Alice Rivaz, nom de plume d’Alice Golay. Féministe de la première heure, l’autrice suisse fut longtemps assignée à un cadre scolaire dans son pays d’origine, et ignorée en France jusqu’à sa redécouverte en 2022, à l’occasion de la réédition de La paix des ruches (1947), publié deux ans avant Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, et qui explorait avec précocité la condition conjugale et la double journée de travail des femmes.
Enfin, en 2028 paraîtra une compilation des œuvres de Robert Walser, auteur majeur de langue allemande dont les éditions Zoé accompagnent l’œuvre depuis les années 1980. Cette publication coïncidera avec le 150ᵉ anniversaire de sa naissance, célébrant un écrivain prolifique dont la maison a notamment édité Félix, ses Lettres (1897-1949) ou encore L’Enfant du bonheur et autres proses pour Berlin (2015) et La Buveuse de larmes (2024).
