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L'édition universitaire affiche une baisse importante de son chiffre d'affaires : -10,8 % entre 2025-2026 contre 3 % l'année précédente selon NielsenIQ BookData. Le premier semestre 2026 a déjà eu des conséquences : en juin, Enrick B. Éditions a dû déposer le bilan. Fondée en 2007, la maison de sciences humaines et de droit n'a pas su rebondir après les difficultés d'approvisionnement temporairement rencontrées début 2025 par Dilisco. Cette année, les éditeurs sont d'autant plus impactés par la situation en librairie. Le groupe Nosoli (Furet du Nord et Decitre), Sauramps et Gilbert ont récemment demandé leur placement en redressement judiciaire.
Hélène Hoch, directrice du pôle Livres chez Lefebvre Dalloz- Photo OLIVIER DIONPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Mais malgré l'amaigrissement des rayons, la librairie reste un maillon crucial pour le secteur. En janvier, Vuibert a par exemple convié ses lecteurs lors d'une journée au sein de la librairie Mollat à Bordeaux. « Une façon d'être sur le terrain et de présenter nos livres. Nos éditeurs sur place étaient ravis de pouvoir rencontrer des étudiants et de répondre à leurs questions », souligne la directrice Gwénaëlle Bourron-Painvin. De son côté, Lefebvre Dalloz lance en octobre une campagne sur l'importance de la lecture dans le livre d'apprentissage. « Il est nécessaire de lire parce que le manuel universitaire permet de mieux mémoriser, d'apprendre à raisonner, de développer l'esprit critique. Dans un État où la démocratie est parfois battue en brèche, ça nous semble d'autant plus indispensable », soutient Hélène Hoch, directrice du pôle Livres de Lefebvre Dalloz.
Gwénaëlle Bourron, directrice des éditions Vuibert- Photo OLIVIER DIONPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
« Ces placements en redressement judiciaire impactent complètement notre modèle et amènent à se poser des questions sur comment le faire évoluer », estime Peggy Lemaire, directrice éditoriale chez John Libbey Eurotext (JLE). Depuis le début de l'année, la maison spécialisée en sciences et médecine a moins de commandes en librairie. Elle conserve sa trentaine de nouveautés annuelles, mais se dit attentive à ne pas saturer le marché. Une position partagée par plusieurs interlocuteurs. Le fondateur de Nouveau Monde Yannick Dehée confirme réduire la voilure avec la parution d'une seule nouveauté sur les grandes découvertes de la préhistoire. Chez Studyrama, l'éditeur préfère limiter ses parutions, privilégiant une refonte des titres les plus performants de la collection « 100 fiches » (Bréal).
Prudence sur les tarifs et les tirages
Toutes les personnes contactées se disent également très vigilantes sur leur politique tarifaire. JLE propose la réédition en septembre du titre Les bases de l'agriculture (Tec & Doc) à 30 euros. Lors de sa précédente édition en 2021, le titre était vendu à 49 euros. Pour réduire ses marges, le groupe s'appuie sur des circuits de relecture en amont de la composition et mise sur l'impression locale. Basé à Arcueil en région parisienne, l'éditeur essaie au maximum de travailler avec les imprimeurs proches pour rationaliser ses coûts de transport. « Nous sommes également sur de petits tirages en numérique, qui évitent que nous ayons beaucoup d'ouvrages à stocker », ajoute Peggy Lemaire.
Sidonie Doireau, directrice éditoriale Ouvrages chez Lextenso- Photo OLIVIER DIONPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Les ventes sont plus importantes pour le segment des concours administratifs. L'évolution du CRPE, désormais accessible à Bac +3, continue de faire fructifier les nouveautés. Vuibert propose deux titres en mathématiques et en français pour préparer l'oral d'exposé disciplinaire. Chez Ellipses, la réédition de rentrée des manuels de L3 intègre les annales corrigées de l'année zéro. Malgré ces évolutions, la directrice éditoriale Manon Savoye critique « un immobilisme total au niveau des programmes... Notre limite est qu'il faut que les concours soient là, qu'ils soient discriminants, que les étudiants soient challengés pour qu'ils aient besoin de nos outils ».
Manon Savoye, directrice éditoriale chez Ellipses- Photo OLIVIER DIONPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Du « livre hybride » à Lucky Luke
Malgré ce contexte, les éditeurs restent ouverts aux expérimentations et innovations. La directrice des éditions De Boeck Supérieur Elocia Vermeulin mise de plus en plus sur un discours de pair à pair : « L'auteur va livrer un discours rassurant, des conseils sur mesure et ancrés dans la réalité de l'étudiant qui, lui, n'a pas toujours le temps ni l'envie. » Toujours pour attirer les étudiants, la maison propose des « livres hybrides » en santé par exemple avec son Colorier toute l'anatomie. 80 illustrations en couleurs pour apprendre, 220 schémas à colorier pour réviser. Le visuel est également un terrain de jeu chez De Boeck Supérieur, qui propose pour la première fois un Licence Staps. L'essentiel en visuels.
Le futur de la médecine : réformes et nouvelles manières de soigner
La médecine et la science s'appuient sur des réformes et des sujets de fond. Vuibert complète sa collection « Mémento 100 % visuel » dédiée aux Institut de formation en soins infirmiers (IFSI). La maison renouvelle tous les livres pour les premières années mais pas pour les 2e et 3e années, qui restent sur l'ancien programme. Des mises à jour d'ouvrages plus classiques, comme le calcul de dose en pharmacologie, sont également au programme. Pour promouvoir son catalogue, Vuibert est très présent sur les salons étudiants et notamment celui organisé par le Cefiec, l'association professionnelle de structures de formation aux métiers de la santé. De son côté, Ellipses est attentif à la réforme du Pass (Parcours d'accès spécifique santé) et de la LAS (Licence d'accès santé) prévue pour la rentrée 2027. D'ici là l'éditeur continue de nourrir ses collections avec des nouveautés au sein de Références sciences et La Martingale.
Sans viser de réforme particulière, John Libbey Eurotext propose des titres aux futurs professionnels du soin. « Nos ouvrages ont pour vocation de favoriser l'émergence d'une culture professionnelle avec la valorisation du savoir expérientiel des patients, c'est-à-dire concevoir différemment la relation soignant-soigné », développe Peggy Lemaire, directrice éditoriale. Le groupe publie chez Doin Être malade. Notre rapport à la maladie et à l'abandon, qui est à la fois un recueil de témoignages et une analyse du malade. « Parfois, je dirais que le mouvement vient plutôt de la société que des réformes », indique Peggy Lemaire. Pour sa rentrée, le groupe renouvelle sa marque Tec & Doc en s'ouvrant aux filières BTS agriculture et aménagement paysager. Un public auquel il s'était adressé il y a une dizaine d'années. « Nous avons mené des études de positionnement de collections pour voir les possibilités de refonte -complète de manuels », explique la directrice éditoriale. À la recherche, comme tout le secteur, de nouveaux marchés et de nouvelles approches.
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Chez LexisNexis l'illustration est aussi de mise dans la collection « Beaux Livres ». Cette dernière s'enrichit en novembre de La véritable loi de l'Ouest. Mythes, images et réalités du Western américain. « Un ouvrage illustré à partir de films, de séries télévisées et de BD, pour une lecture un peu originale, mais très juridique », détaille Line Teillot, directrice de rédaction chez Lexisnexis. Parmi les références culturelles présentes dans l'ouvrage : Lucky Luke et Blueberry. La pop culture est également de mise chez Ophrys. L'éditeur renouvelle son parc d'auteurs pour mieux coller aux tendances étudiantes. L'année dernière, un livre de linguistique s'est paré de références à la série Game of Thrones. Il y a deux ans, c'était la saga Star Wars.
Au total, Ophrys fait paraître six nouveautés et dix rééditions. « C'est la première année où le ratio est aussi haut en faveur des nouveautés, ce qui témoigne bien de notre volonté d'ouverture du catalogue », avance Julie Grilli, directrice éditoriale. Elle fait notamment référence au retour, après 20 ans d'absence, des titres consacrés à la civilisation du monde anglophone. Réunis dans la nouvelle collection « Cadrage(s) », ces titres d'une centaine de pages sont vendus à 9,90 euros. Deux paraissent en septembre autour de la présidence et de l'immigration aux États-Unis. Ils s'adressent autant aux étudiants qu'à un public de curieux.
Un autre axe de développement concerne le coréen avec la publication d'une grammaire universitaire et d'un ouvrage sur la certification Topik (Test Of Proficiency in Korean). La maison qui célèbre ses 90 ans en 2027 se présente comme un éditeur multiniche. Christophe Jeancourt-Galignani, vice-président du groupe Sophia Communications, dont dépend Ophrys, développe : « Au lieu d'être un éditeur généraliste, nous allons travailler sur des segments bien identifiés. Sans se disperser, toujours en gardant notre ADN ».
Thomas Parisot, directeur général adjoint de la plateforme Cairn.info- Photo DRPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Le casse-tête de l'IA
Dans un autre registre, la complémentarité entre le papier et le numérique n'est plus à prouver auprès des éditeurs universitaires. Ophrys, dont le catalogue dispose de 28 langues avec l'ajout récent de l'ukrainien et du roumain, a rejoint l'application d'apprentissage ecoute.IO. Développée par JobArounds, une entreprise qui aide à l'insertion professionnelle des étrangers, la plateforme héberge uniquement les contenus audio de l'éditeur. L'usage du numérique est différent chez LexisNexis et chez Lefebvre Dalloz. Depuis cette rentrée, une partie de leurs Codes respectifs est complétée par des QR Codes. Selon Line Teillot : « Le numérique nous offre la clé du succès. Il nous permet d'apporter aux étudiants une mise à jour sur ce qui s'est passé entre le moment où ils ont acheté leurs codes et le moment où ils passent leur examen ».
Le nouveau défi dans le numérique est l'intelligence artificielle. Protection des droits d'auteur, concurrence des usages... « Nous sommes tenus de surveiller les sources des étudiants, car nous n'acceptons pas qu'un devoir soit le fruit uniquement d'une requête auprès de l'intelligence artificielle », explique Franck Petit, le directeur éditorial des Presses universitaires d'Aix-Marseille (PUAM), qui privilégie désormais les travaux sur table.
Le secteur doit pourtant s'adapter à un usage bien installé. Selon une étude d'Ipsos bva, menée en janvier auprès de 1 000 étudiants dans l'enseignement supérieur en France, près de 94 % déclarent avoir déjà utilisé l'IA, et 48 % déclarent s'en servir quotidiennement. Pour répondre à cet enjeu, Lextenso souhaite développer auprès des étudiants son assistant ConsultIA, lancé l'année dernière à destination des professionnels. « Nous sommes en lien avec les universités pour voir quelle offre conviendrait le mieux pour les étudiants », explique Héléna Alves, directrice du Pôle édition.
Line Teillot, directrice de rédaction chez Lexisnexis- Photo DRPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
En échange avec les universités, LexisNexis expérimente des ateliers numériques coanimés avec les équipes pédagogiques pour former les étudiants aux usages de l'IA juridique. Les étudiants peuvent tester l'outil IA « Lexis+ avec Protégé » sur des cas pratiques comme la recherche documentaire. La formation est un enjeu clé. Dans la collection « Gestion 360 » lancée fin 2025, Ellipses publie La gestion de projet à l'ère de l'IA et Le marketing à l'ère de l'IA. Lefebvre Dalloz publiera au printemps 2027 Savoir utiliser l'IA dans les études et la recherche en droit et De Boeck proposera un titre début 2027.
Même démarche chez Lextenso, qui publie à la rentrée Guide pratique de l'IA pour avocats, notaires et professionnels du droit (LDGJ) et L'IA dans la profession comptable (Gualino). « Nous avons déjà publié des ouvrages sur l'IA, notamment sa réglementation. Cette fois, les nouveaux titres se placent du côté des utilisateurs », détaille la directrice éditoriale Ouvrages Sidonie Doireau.
Jean-Charles Caplier : « Une nouvelle plateforme pour que le monde du livre mette en commun ses idées »
Directeur commercial de Dilisco depuis 2018, l'ancien éditeur de Pearson Éducation Jean-Charles Caplier sonde les solutions pour sauver l'édition universitaire en lançant le réseau social professionnel LivreConnect,
Livres Hebdo : Comment évolue votre rôle de diffuseur ?
Jean-Charles Caplier : Nous avons demandé aux éditeurs d'identifier pour chaque titre le lieu d'enseignement de l'auteur pour constituer une cartographie de leurs forces. Je vais ensuite demander à l'enseignant de faire une évaluation. Est-ce que ce livre vous paraît pertinent ? Une fois le potentiel identifié, je cherche le libraire de la zone. Je l'informe que j'ai rencontré tel enseignant qui va recommander tel ouvrage, que son cours démarre à telle date et le nombre de ses étudiants. C'est ce que nous avons proposé aux libraires cette année : faire un travail chirurgical.
Les innovations éditoriales ne suffisent-elles plus à structurer le marché ?
Des flashcards, du contenu additionnel… Aujourd'hui, les innovations se font surtout pour se démarquer de la concurrence. Mais le focus reste sur le manuel. Nous sommes dans une phase où l'accès au savoir est en train d'être mis au défi. Toutes les innovations proposées passent également par le circuit traditionnel de la librairie. Or celui-ci est plutôt en difficulté. Il faut arrêter de travailler en silo pour embarquer le libraire et l'auteur. Je lance officiellement en septembre la plateforme LivreConnect, un écosystème pour que le monde du livre mette en commun ses idées.
L'arrivée de l'IA change-t-elle la donne ?
L'IA est très forte pour offrir ce qu'un étudiant recherche habituellement dans un manuel, comme les fiches de révision, les quiz ou les conseils de révision. En revanche, elle ne produira jamais un livre ni l'approche pédagogique que l'enseignant peut apporter. C'est là toute la subtilité : faire conjuguer ces deux univers. Il faut sortir du fantasme que génère l'IA dans la chaîne du livre pour se l'approprier véritablement. Il faut se demander comment l'utiliser pour protéger les droits d'auteur, pour améliorer les collections et pour fidéliser le lectorat.
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Des plateformes dynamiques
Les plateformes bénéficient d'un contexte favorable au numérique, malgré les tensions budgétaires que subissent les bibliothèques universitaires. « Les nouvelles contraintes budgétaires pourraient amener les bibliothèques à prendre en compte l'aspect politique du soutien à l'accès ouvert », soutiennent Julie Therizols et David Beorchia, coresponsables du service Freemium chez OpenEdition. Entre 600 à 700 livres sont publiés chaque année. Numérique Premium s'enrichit en 2026 de contenus anglophones d'éditeurs européens. « Nous ne lâchons pas le contenu francophone, mais nous expérimentons pour voir les appréciations à l'extérieur », explique son fondateur Yannick Dehée. Cairn renforce également son activité à l'extérieur. La plateforme vend des licences d'accès à des universités dans 80 pays. Les plateformes continuent en parallèle de développer leur technologie. Yannick Dehée compte ajouter des fonctionnalités d'IA en 2027, notamment pour accélérer le travail sur les métadonnées. Cairn inaugure en octobre son application mobile qui comprend son IA maison, SophIA. Lancé l'année dernière, l'assistant de recherche conduit à la lecture d'un ouvrage chez 60 % de ses utilisateurs contre 20 % pour le moteur de recherche classique. « Les universités arrivent à poser la question du passage à l'échelle, de l'industrialisation », indique le directeur général adjoint de la plateforme de Cairn, Thomas Parisot.






