À contre-courant des formats traditionnels du roman adolescent, les éditions Le Père Fouettard lancent « Sauvages », une nouvelle collection de romans illustrés pour les 9-14 ans. Enrichie de deux nouveautés chaque année, celle-ci ambitionne de redonner aux textes pour adolescents la liberté dont bénéficient encore largement les albums jeunesse. Deux titres inauguraux en feront l’illustration dès le 4 septembre.
« Avec l’album, on a une liberté quasi totale, dans le ton comme dans le format. Mais avec le roman, tout se resserre : les auteurs polissent leur écriture, évitent l’argot, atténuent la critique pour passer le filtre de la prescription », observe Florent Grandin, fondateur et directeur de la maison.
Selon lui, ce formatage participe, sans le vouloir, à éloigner les adolescents de la lecture. « On continue de penser que l’école est le lieu principal de lecture. Mais pour un ado, rien n’est pire qu’une lecture imposée et donc vécue comme une corvée », argue-t-il.
Des récits qui parlent aux ados
Avec « Sauvages », les éditions Le Père Fouettard entendent donc s’affranchir de ces carcans, incitant ses auteurs à « se lâcher » et à « parler directement à leur public ». Florent Grandin revendique ainsi une approche inspirée, entre autres, du succès de la romance : « Si le genre fonctionne si bien, c’est aussi parce qu’il est décrié et mal vu des adultes, de l’autorité. »
La collection sera inaugurée début septembre avec deux premiers romans, chacun tiré à 3 000 exemplaires : À corps perdus d’Adèle Tariel, illustré par Alcoun, et Haemi, premier roman de Nathalie Biston, accompagné de dessins de Joséphine Forme.
Dans À corps perdus, l’autrice, déjà familière du catalogue de la maison (Peuple de plumes), poursuit son exploration des questions de genre à travers une intrigue fantastique : deux jumeaux marseillais, Mila et Liam, se réveillent un matin dans le corps l’un de l’autre. Une expérience déroutante qui les confronte aux stéréotypes et discriminations liés au genre opposé, tout en les entraînant dans une quête inspirée de la mythologie grecque.
Mythes anciens, réalités contemporaines
De son côté, Haemi plonge le lecteur de 9-12 ans dans l’univers des « haenyeo », ces plongeuses sud-coréennes en apnée, figures féminines puissantes dont le savoir-faire millénaire a évolué à rebours des normes patriarcales. Dans ce récit, l’héroïne, Min-Jee, trouve un étrange coquillage qui cache une créature marine extraordinaire.
« Ces deux textes mettent en scène des figures féminines fortes et revisitent des mythes anciens en les ancrant dans le quotidien », souligne Florent Grandin, convaincu que la découverte de ces récits fondateurs peut offrir une nouvelle grille de lecture du monde contemporain.
Le retour de l’image pour capter les lecteurs
Autre marqueur fort de la collection : la place accordée à l’illustration. Chaque ouvrage comporte une dizaine d’images, avec des partis pris graphiques affirmés : esthétique urbaine et inspirée des jeux vidéo pour À corps perdus, photogravure pour Haemi.
Une approche nouvelle, mais qui émerge en toile de fond dans l’édition jeunesse comme une réponse au décrochage des jeunes lecteurs. « Il faut arrêter de penser que plus on grandit, moins on a besoin d’images », insiste l’éditeur.
Dans cette même logique, les prochains titres de « Sauvages » devraient continuer d’explorer des mythologies variées, avec l’ambition d’ouvrir la collection à des auteurs francophones, capables de puiser dans des imaginaires culturels divers.
