Et Dieu créa le robot. Dans un monde futuriste où il ne reste aucune trace humaine, les robots sont classés en diverses catégories, de façon discriminatoire. Mais ils partagent un environnement paisible et sain : un immense nuage noir les protège du soleil, et il n'y a plus d'eau, porteuse de maladies comme la rouille. Si Dieu les a créés à son image, l'évolutionnisme est passé par là et les technologies n'ont cessé de progresser : ils n'en sont plus à labourer la terre comme leurs ancêtres, une pratique mystérieuse qu'ils imaginent liée à des motifs religieux. Kay Histion prétend, lui, être un scientifique aux idées modernes, lorsqu'il entre dans un laboratoire de biologie organique où l'on cultive des plantes et étudie des micro-organismes. Bientôt on découvre que ceux-ci sont capables de changer et d'augmenter leur masse... Ils ne peuvent pourtant pas être vivants, puisqu'ils ne possèdent pas de puce ni une volonté autonome ? Kay et sa collègue Cécile, secrètement amoureuse de lui, vont de surprise en surprise au fil de recherches qui remettent en cause tout le savoir des robots. Kay est traité de créationniste, accusé d'offenser Newton, dieu de la Force, et Einstein, dieu du Temps. On suit avec une véritable appréhension les expériences de Kay, sur le point de faire une découverte fondamentale, celle d'un principe qu'il qualifie d'« humain ».
Il y a dans ce roman aussi troublant que réjouissant une ironie féroce, l'autrice Kim Bo-young nous proposant, avec de formidables trouvailles narratives, un jeu de symétrie entre l'histoire humaine et l'histoire de cette civilisation de robots. Les questions soulevées, liées à la métaphysique et au mysticisme, conduisent les protagonistes non pas à des fautes de calculs ou des bugs techniques, mais à de véritables dilemmes cornéliens, et Kay devient rapidement une figure tragique, qui lance : « C'est moi qui ai créé ces choses. Pour me moquer de Dieu et pour tester l'infini pouvoir de l'espèce robotique. Pour apporter la démonstration que les robots ont le pouvoir de contrôler la vie. » Kim Bo-young, née en 1975, a obtenu trois fois le Prix du roman de science-fiction sud-coréen. Elle confirme ici qu'avec d'autres pointures comme Anton Hur (Programme éternité, Albin Michel, 2026) ou Cho Nam-joo (Résidence Saha, Robert Laffont, 2023), la Corée devient le foyer d'une SF toujours plus audacieuse et radicale. Alliant réflexion sensible et fantaisie grinçante, ce roman d'une intense originalité aurait certainement forcé l'admiration d'un Philip K. Dick ou d'un Isaac Asimov.
De l'origine des espèces
Rivages
Traduit du coréen par Pierre Bisiou et Kyungran Choi
Tirage: 3 000 ex.
Prix: 21 € ; 272 p.
ISBN: 9782743670030
