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Joffrine Donnadieu décroche le prix de Flore 2022

Joffrine Donnadieu - Photo © Francesca Mantovani/Gallimard

Joffrine Donnadieu décroche le prix de Flore 2022

Joffrine Donnadieu remporte le prix de Flore 2022 pour Chienne et louve (éditions Gallimard).

Par Éric Dupuy
avec AFP Créé le 10.11.2022 à 18h19 ,
Mis à jour le 14.11.2022 à 11h49

Joffrine Donnadieu a remporté le prix de Flore pour Chienne et louve (Gallimard), roman sur une jeune femme qui doit gagner sa vie avec du strip-tease pour devenir comédienne, a annoncé jeudi 10 novembre le jury.

Celui-ci s'est décidé au troisième tour, par huit voix contre quatre à Emma Becker pour L'inconduite (Albin Michel).

C'est le deuxième roman de cette jeune romancière de 32 ans dont le nom est un pseudonyme en référence à Marguerite Duras, dont c'est le nom de naissance. En 2019, elle s'était déjà fait remarquer avec Une histoire de France, également publié chez Gallimard.

Chienne et louve a préalablement été tiré à 7 000 exemplaires.

La remise du prix, qui s'accompagne d'une récompense de 6 100 € et d'un verre de pouilly-fumé gravé au nom de la lauréate, se déroule par un "dîner assis qui finit debout", au Café de Flore. Pour rappel, l'an dernier, c'est Abel Quentin qui a reçu le prix, avec son Voyant d'Étampes (L'Observatoire).

 

L'avant-critique de Livres Hebdo

À 20 ans, Romy a des rêves et des cauchemars plein la tête. Bien qu'elle ait « jeté [son passé] au fond du baluchon »elle n'oublie pas les abus destructeurs dont elle a été victime de la part de France, sa voisine qui a broyé son enfance. La pédophilie féminine, un sujet encore tabou tant la figure de la femme demeure synonyme de protection. La jeune Joffrine Donnadieu s'en était remarquablement emparé dans son premier roman, très remarqué (Une histoire de France, Gallimard, 2019). On retrouve ici cette héroïne après des années de traumas, d'errance et de séjours psychiatriques. La gamine blessée a grandi en tentant de noyer sa honte dans l'alcool. « Dire la vérité ? Née en 1990. Morte en 1999. Renaissance en 2009 au fond d'un TGV. À 19 ans, j'ai troqué la Lorraine pour Paris. » A priori, une nouvelle existence s'offre à elle. « Le théâtre, c'est ma vie » − Donnadieu est d'ailleurs diplômée du cours Florent et son travail auprès d'enfants et d'adolescents en psychiatrie l'a incontestablement aidée à construire ce personnage instable. Romy se sent « un peu étrange, mais pas folle », mais où se situe la frontière entre les deux ? « Je joue pour me conquérir, je joue pour vivre l'instant à vif. Je joue pour me dompter, je joue pour trouver une vérité. » Sa précarité l'oblige toutefois à revoir son envie d'indépendance. Aussi s'installe-t-elle auprès d'Odette. Cette dernière, qui a traversé le siècle, semble aux antipodes de Romy. Mais un cadre strict permet à la jeune femme de se poser. Romy et Odette unissent leurs solitudes et s'appuient l'une sur l'autre. Un loyer minimum en échange d'une présence bienveillante. Romy pourrait s'en abreuver, mais elle a soif d'autres sensations et de revenus. Sous le nom d'Any-Doll, elle combine le strip-tease à la prostitution ponctuelle. Toujours ce rapport compliqué au corps et à l'amour de soi... « Je serai fillette, pute, mère, je serai femme, chienne et louve à jamais. » Son quotidien constructif avec Odette évolue en une relation de domination féroce, comme si Romy, qui se bat pour devenir comédienne, était toujours rattrapée par son destin et la violence. Sa rencontre avec Jean la déboussole émotionnellement et sexuellement, mais cela suffira-t-il à colmater ses plaies ? « Je joue pour ne pas me frapper jusqu'au sang. Je joue pour ne pas hurler. Je joue pour donner une forme à ma rage. Je joue pour disparaître, pour m'oublier, pour me trouver. »

 

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