Avant-critique Roman

Faux départs. « On ne part pas », écrivait Rimbaud, à peu près à l'âge qu'ont Ferdinand et Jeanne, les personnages de Jean-Daniel Verhaeghe. Sauf qu'Arthur est parti. Jeanne aussi, à sa façon. Ferdinand, lui, est resté, et a fini par construire sa vie, après leur espèce de faux départ adolescent. Ils se sont connus en khâgne, à Voltaire, tous deux aficionados de cinéma : Fritz Lang, John Huston... Et de littérature. Elle, surtout Pierre Loti, Un pèlerin d'Angkor, qu'elle fait lire à son amant. C'est son père, Cornil, en train de mourir d'un cancer, qui le lui a conseillé. Sur les traces de Loti, il l'invite à accomplir le grand voyage dont il rêve et qu'il sait qu'il ne fera jamais. Dans les bagages de Jeanne, il y aura aussi La voie royale de Malraux. Et Anne, la relieuse, maîtresse de Cornil depuis huit ans. Irène, sa femme, folle de jalousie, finira par l'apprendre. 

En attendant, les deux jeunes gens vivent un amour fou. Jeanne est mystérieuse, sauvage, elle disparaît plusieurs jours sans explications. Ensemble, ils se rendent au musée Jean-Jacques Henner, lequel a peint une Liseuse, rousse et nue, le parfait sosie de Jeanne. Lorsqu'elle sera partie, Ferdinand ira la revoir et il l'aidera à sortir de son tableau, en même temps que d'autres personnages, qui en ont assez de rester figés, ankylosés sur leur toile. C'est là que le roman délicat et mélancolique de Jean-Daniel Verhaeghe dérape un peu vers le fantastique. Du sort de Jeanne, on ne révélera rien. Ferdinand, lui, dix ans après, heureux avec Béatrice et leur fils, se souviendra encore de ses deux liseuses.

Jean-Daniel Verhaeghe
La Liseuse
Serge Safran éditeur
Tirage: 2 000 ex.
Prix: 15,90 € ; 140 p.
ISBN: 9791097594862

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