L’épisode de crues de février a été exceptionnel par sa durée et son étendue. Heureusement, pas de catastrophe notoire pour les librairies et bibliothèques. Mais des conséquences indirectes.
Fermer même sans dégâts
Comme la nécessité pour la bibliothèque anglophone d’Angers de fermer une journée, le temps de ranger les livres qui avaient été préventivement surélevés. Un peu plus loin sur les bords de La Maine, la médiathèque de Bouchemaine - Boîtes à Culture a fermé deux jours en raison de la panne du serveur de la mairie. « Il aurait fallu revenir à la méthode manuelle », balaye la coordinatrice Isabelle Hoen.
La Médiathèque Jean-Jeukens de Bar-le-Duc (Meuse) a retenu l’expérience des inondations de 2021 : le fonds précieux auparavant entreposé dans le rez-de-jardin est désormais mis à l’abri, et le matériel stocké dans cette réserve placé à 80 centimètres du sol. Reste une contrainte incompressible, nous raconte la directrice Claire Simon : « Le quartier est bordé par un petit ruisseau qui en cas d'orage déborde régulièrement. Dans ces cas-là, on ne peut pas accueillir le public, à moins qu’il ne vienne à la nage ! » Déménager la bibliothèque pour sortir de la zone inondable ? « Ce serait des investissements énormes, et pour aller où ? »
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Les crues importantes attirent souvent leur lot de curieux et de flâneurs : mais si les promeneurs sont nombreux à circuler le long des cours d'eau pour assister au spectacle des rives submergées, ils sont moins enclins à faire une halte pour acheter des livres, remarque Aglaé Lorendeau de la librairie du Renard qui lit, à Chalonnes-sur-Loire (Maine-et-Loire) : « On a vu beaucoup de curieux et curieuses se promener, mais pas de monde chez nous ; on aurait dû mettre un stand ! » Elle dénombre environ 200 passages en caisse en moins sur le mois de février.
À Saintes, la crue a coupé la ville en deux pendant une semaine, rendant l’accès à la librairie Peiro-Caillaud difficile. Des places de stationnement et le marché ont également été supprimés. Et les vacanciers (repérables à leurs combinaisons de ski ou marques de lunettes) sortant habituellement de l’autoroute A10 pour déjeuner, ont passé leur chemin. « On a perdu 5 000 euros de chiffres d’affaires sur un mois », soit environ 14 % du CA habituel, regrette la gérante Estelle Duchesne.
Mémoire du risque
En novembre 2019, plus de la moitié du toit de la médiathèque de Saintes (Charente-Maritime) s’était effondrée au passage de la tempête Amélie. La médiathèque de Rive-de-Gier (Loire) garde toujours des traces des inondations survenues il y a un an. Des moisissures sur les murs, des traces de boue, une odeur d’humidité, raconte France 3. Près de 35 000 documents avaient été perdus.
La librairie Un livre sur l'étagère, à Châteaubourg (Ille-et-Vilaine), n’a pas mis de planches ni de sacs de sable devant la porte comme l’année dernière. « La mairie a gardé en mémoire les inondations de 2025 et la police ainsi que les services techniques sont passés pour savoir si j’avais besoin d’aide », remercie la gérante Christelle Le Botlan.
Solidarité
Parfois, les habitants se mobilisent. En 2025, une vingtaine de lecteurs bénévoles avaient participé au rangement des 9 000 livres que la bibliothèque de Pont-Réan (Ille-et-Vilaine), qui les avait stockés à la médiathèque de Guichen. Et quand cette année, fin janvier, la librairie La Pluie d’été, à Mèze (Hérault), a dû fermer trois semaines en raison d’un dégât des eaux (non pas en raison de la pluie, mais d’une fuite de canalisation !), une boutique voisine a proposé de récupérer ses livraisons. « On viendra acheter deux fois plus de livres pour vous soutenir », soutient encore un internaute sur la page Facebook de la librairie. Mobilisés par d’autres aléas, les assureurs « étaient sous l’eau, mais tout est réglé, les travaux sont faits », se réjouit la gérante qui devrait être indemnisée pour travaux et perte d’exploitation.
Surfer sur la vague ?
Et pour surfer sur l’actualité, la Librairie de la bande dessinée (Angoulême), qui a placé les livres en hauteur juste à temps, publie sur son site « à l'occasion de la troisième inondation de la librairie depuis 2021, […] une petite sélection autour de l'eau ! ».
