Les éditions de l’Arche annoncent le lancement d’une nouvelle collection intitulée « Uppercut », pensée comme un dispositif éditorial hybride entre littérature dramatique et sciences humaines. L’initiative s’inscrit dans la continuité du travail mené par la maison autour du décloisonnement des formes et de la circulation des textes en dehors de leurs cadres de lecture habituels.
En effet, la collection s’inscrit dans la continuité de « Des écrits pour la parole », autre dispositif éditorial de la maison visant à décloisonner les genres et les espaces de lecture. Avec « Uppercut », cette logique se prolonge dans une volonté assumée de confrontation des formes. Claire Stavaux, directrice des éditions de l’Arche, évoque ainsi « une collection politique », dont le nom renvoie à la dimension combative du projet et à la tension entre deux textes associés.
Un livre, deux textes
La collection s’ouvrira le 7 mai avec la parution de deux volumes inauguraux. Le premier associe Une histoire bien connue de Johann Chapoutot à La résistible ascension d’Arturo Ui de Bertolt Brecht, dans une nouvelle traduction d’Alexandre Pateau. Le second réunit Armurerie psychique, arsenal social de Sandra Lucbert et Mademoiselle Julie d’August Strindberg, dans une traduction de Boris Vian.
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Pour Claire Stavaux, ce lancement découle d’un double constat. D’une part, la maison est « spécialisée entre autres en littérature dramatique » et voit arriver dans le domaine public plusieurs auteurs majeurs, dont Bertolt Brecht. D’autre part, elle observe une érosion du lectorat théâtral, associée à la fragilisation des librairies spécialisées et à une baisse globale de la lecture sur ce segment.
Face à cette situation, l’objectif est de proposer un nouveau cadre de diffusion des textes dramatiques. « L’idée était de retrouver une forme propre à redonner une vitalité et une présence des textes de théâtre en dehors de ses rayons dédiés », explique Claire Stavaux. Une première piste, envisagée un temps, consistait à développer une collection de poche à visée scolaire. Mais cette option a été abandonnée au profit d’un projet jugé plus différenciant dans le paysage éditorial.
Théâtre et sciences humaines
La réflexion s’est ensuite orientée vers un rapprochement entre théâtre et sciences humaines. La volonté de Claire Stavaux est alors de sortir des logiques de classement traditionnelles. Dans cette perspective, chaque volume associe un texte théorique à une pièce de théâtre, « sans relation de commentaire hiérarchique entre les deux ». L’essai constitue ainsi « une invitation, de mise en perspective sur l’œuvre », et non une préface, son auteur étant libre d’adopter un angle large, « presque philosophique » poursuit l'éditrice.
Sur le plan éditorial, la structure des ouvrages matérialise ce principe de double lecture : le nom de l’essayiste et de son texte figure en premier sur la couverture, suivis de la pièce et de son traducteur. L’ensemble est conçu comme un « livre double », pensé pour orienter la lecture vers une réflexion politique et sociale.
Décloisonner les genres
Les premiers résultats commerciaux semblent encourageants, avec des mises en place de 2 600 exemplaires pour le volume associant Johann Chapoutot et Bertolt Brecht, et 1 600 pour celui réunissant Sandra Lucbert et August Strindberg. Les tirages initiaux s’établissent respectivement à 5 000 et 3 000 exemplaires, et les librairies ont, selon la direction, accueilli favorablement cette nouvelle proposition éditoriale.
La collection prévoit de publier trois à quatre titres par an, avec une première vague de parutions annoncée pour octobre. Au-delà de la stratégie éditoriale, Claire Stavaux inscrit ce projet dans une réflexion plus large sur les catégories littéraires. Elle dit vouloir « dépasser la pensée catégorielle » et proposer des formes capables de « dé-genrer la littérature » et d’en déplacer les usages.
