Depuis fin juillet, la lutte contre un mégafeu a remplacé l’habituelle légèreté estivale des départements de la Gironde et des Landes.
Basée à Bordeaux, l'association des Librairies indépendantes en Nouvelle-Aquitaine (Lina) compte trois enseignes contraintes de fermer en raison de l’évacuation préventive de leurs communes, toutes situées en Gironde. C’est le cas du Jardin des lettres à Andernos-les-Bains, de la Petite parenthèse à Audenge, ainsi que de Nouveau Chapitre à Saint-Médard-en-Jalles. Les trois commerces n’ont pour l’instant subi aucune perte matérielle.
Élan de solidarité
Dans les Landes, à Biscarrosse, la librairie La Veillée a également été fermée en raison d’une évacuation, avant de rouvrir le 27 juillet. Sa commune a autorisé un accès à certaines zones de la ville.
Depuis le départ du premier feu le 22 juillet à Saumos, la préfecture a ordonné l’évacuation totale ou partielle d’une vingtaine de communes. Plusieurs librairies, notamment à Angoulême et à La Rochelle ont proposé à leurs confrères impactés une solution d’hébergement. La coordinatrice des Librairies indépendantes en Nouvelle-Aquitaine, Romane Camus Cherruau, note « un énorme réseau de solidarité avec beaucoup de dons et de bénévoles présents dans les gymnases, salles de spectacles et les autres lieux ouverts pour les déplacés ».
Canicule et incendie : le double impact
Les communes évacuées ne sont pas les seules concernées. Plusieurs librairies de la métropole bordelaise constatent une moindre affluence, comme Géolibri dans l’écoquartier Darwin à Bordeaux. Selon son responsable Ludovic Iribarne « la baisse de la fréquentation a commencé dès la première vague de canicule de juin et s’est aggravée avec les incendies ».
Autre difficulté rencontrée : l’approvisionnement. À Arcachon, La Librairie Générale indique sur son site que « les commandes en ligne et en magasin sont suspendues temporairement jusqu'à nouvel ordre en raison des difficultés d'acheminement des colis dues aux incendies ». Plusieurs axes routiers sont fermés pour la sécurité du public et pour permettre aux soldats du feu de faire leur travail.
Concernant les bibliothèques, celles des communes évacuées sont évidemment fermées. Ailleurs dans la région, les activités se poursuivent. À Gradignan, la médiathèque Jean Vautrin ne constate pas de baisse de fréquentation. « Nous restons vigilants, mais nous avons confiance dans le travail des sapeurs-pompiers », indique son responsable Maxime Roudil. Le second incendie, qui a démarré dans les Landes le 23 juillet, est fixé. Mais le premier en Gironde n’est toujours pas maîtrisé. Les autorités s’inquiètent également d’une nouvelle vague de chaleur : la région est placée en vigilance orange canicule depuis le 29 juillet.
Des effets sur le temps long
Pour les éditeurs, les conséquences sont moins importantes car leur activité est surtout nationale. Mais « tout l'écosystème est touché, il faut voir l’impact de ces incendies sur la durée », estime Jean-Marc Robert, chargé de mission Développement économique à l’Agence culturelle de la Région Nouvelle-Aquitaine (Alca).
L’incertitude sur le retour des clients dans les lieux culturels inquiète le spécialiste qui espère « que l’État ou la collectivité débloque une aide particulière ». Le ministre de l'Économie et des Finances, Roland Lescure, a décrit le 27 juillet un « coup de tonnerre économique » pour les commerces locaux. Pour l'instant, le gouvernement a notamment évoqué la possibilité de mettre en place un dispositif de chômage partiel.
Assurances et « kit incendie »
« Les librairies vont mettre des semaines, voire des années, à retrouver une activité complète, car le tourisme va tourner au ralenti », insiste Romane Camus Cherruau. Son association, Lina, dispose d’un accord-cadre avec l’assureur Axa. Ce dernier a confirmé débloquer la garantie de perte d’exploitation pour les librairies basées dans les communes entièrement évacuées. En complément, une demande régionale doit être adressée aux fournisseurs afin de repousser les échéances pour les librairies.
« Nous essayons de tirer des leçons pour la suite. Il y a déjà eu un incendie en 2022 et nous savons que les catastrophes naturelles vont se développer. Nous devons réfléchir à comment anticiper », souligne Romane Camus Cherruau. Parmi les pistes de réflexions envisagées : un kit pour les professionnels sur les premières démarches à effectuer en cas d'incendie. Cela peut être des rappels sur les personnes à contacter en priorité comme son banquier, son assureur, ou sa chambre de commerce locale et territoriale.
