Petit scarabée. L'histoire offre, parfois, de troublantes coïncidences. Au moment où le musée Granet d'Aix-en-Provence présente jusqu'au 3 janvier 2027 « Eyes of the Storm », exposition de photographies prises par Paul McCartney en 1963-1964, un beau livre publie celles prises par un autre Beatle, George Harrison (1943-2001). La plupart concernent ces mêmes années, vécues dans « l'œil du cyclone » par les quatre garçons de Liverpool, devenus les « Fab Four » et plus célèbres que Dieu lui-même, dira un jour John Lennon. Comme si, vingt-cinq ans après la mort prématurée de George, se voyaient réunis les deux amis d'enfance, qui se retrouvèrent dès 1958 au sein du groupe The Quarrymen, dont le leader était un certain John Lennon. George Harrison était le plus jeune de la bande, le petit dernier, le chouchou, comme dans sa propre famille. De braves gens de la classe moyenne inférieure qui l'encouragèrent lorsqu'il manifesta son intention de se consacrer à la musique. C'est sa mère, Louise, qui lui offrit sa première guitare.
Le reste est connu - l'épopée du plus grand groupe de rock de toute l'histoire de la musique, même si son existence fut assez brève. Les Beatles se séparèrent en 1970, après des années de bisbilles, chacun poursuivant sa carrière solo de façon brillante. George, le plus sensible, le plus subtil des quatre, vivait très mal tout le cirque autour des Beatles et cette impossibilité de mener une vie normale, privée, loin des paparazzi et de l'hystérie des fans. Assez rapidement, il se montra plus intéressé par la vie intérieure, la spiritualité - sous l'influence de l'hindouisme à quoi il se convertit, bien que ce soit presque impossible - et son travail d'apprentissage du sitar avec le grand Ravi Shankar, dont il disait qu'il avait été l'homme le plus important de sa vie.
On sait peu que George était aussi passionné par la photo, dès le début des années 1960, et qu'il prit des milliers et des milliers de clichés et de diapos, la plupart juste personnels, instantanés de moment de bonheur entre soi, d'autres plus travaillés artistiquement, presque psychédéliques, après qu'il se fut acheté un appareil grand angle.
Le présent livre, organisé par Olivia Harrison, sa seconde épouse et la mère de leur fils Dhani, rassemble de nombreuses photos des années 1963-1964 (en tournées, mais aussi de nombreux voyages privés) et court jusqu'en 1968, année de la fameuse retraite des Beatles à Rishikesh, ville sacrée au pied de l'Himalaya indien, dans l'ashram du gourou Maharishi Mahesh Yogi. Ils y écrivirent de bien belles chansons.
L'album est préfacé par l'écrivain irlandais Colm Tóibín, parce que la mère de George Harrison venait d'une famille d'Irlandais pauvres immigrés à Liverpool. Tóibín insiste sur ce qui a structuré George : sa ville, sa famille, la musique. Il ne lui manquait que la découverte de l'Inde, qu'il a aussi superbement photographiée, en particulier, dans les rues, son peuple.
Le 3e œil
Seghers
Prologue de Olivia Harrison, introduction de Colm Tóibín, épilogue de George Saunders. Traduit de l'anglais par Santiago Artozqui
Tirage: 5 000 ex.
Prix: 39,90 € ; 360 p.
ISBN: 9782232149672
