Dure vie. Madison a disparu. A-t-elle tout simplement fui, loin de sa contrée natale ? A-t-elle été assassinée ? S'est-elle suicidée ? Ce texte polyphonique qui entremêle les genres littéraires - thriller, autofiction, essai de sociologie, science--fiction, autothéorie - cherche à résoudre le mystère de cette soudaine absence. Huit femmes se retrouvent et prennent la parole et la plume. Toutes ont connu Madison car elle les a un jour accueillies chez elle. Chez elle, c'était une grande maison dans laquelle elle avait disposé des caméras qui la filmaient en continu pour se faire de l'argent sur un site de streaming. Ses fans étaient des hommes avides de la voir se masturber, faire la vaisselle, déambuler dans son espace intérieur, ou désireux d'échanger avec elle via le chat du site. « Il y a une dimension humaine qu'on ne réalise pas bien. En fait, on crée des liens avec ceux qui nous regardent. Comme nous sommes tout le temps là, 24h/24 et en streaming, les gens s'attachent à nous. C'est une sorte de téléréalité avec plus de sexe, plus d'interactions, et plus d'enjeux (notre survie quoi) », explique Alexandra. Chacune de ces huit amies qui ont partagé la maison de Madison et son quotidien sont des femmes, des mères, des filles, qui ont en commun d'avoir traversé des moments d'existence ultraprécaires. « Pourquoi est-ce que la vie doit être si dure ? Parce que nous sommes pauvres. » C'est ainsi que, se retrouvant autour de la disparition de Madison, elles imaginent un monde dans lequel la société se restructurerait sur le mode d'une violente inversion : et si les grands patrons, les gouvernants, les gens de pouvoir, bien moins nombreux que les gens comme elles, disparaissaient tous ? Dans ce monde fictif, « les gens ne vont plus au travail pour gagner de l'argent, ils y vont pour participer à la vie de la communauté à laquelle ils appartiennent ». Et progressivement, les hommes et les femmes passeraient « d'une espèce belliqueuse rongée de désirs eschatologiques à une espèce végétarienne, collaborative, et paisible ».
Dans ce roman aussi loufoque que troublant, Eugénie Zély développe une mise en abîme de la littérature et de l'écriture. « La plupart des gens semblent tenir à ce que la vie quand elle apparaît sous les traits de la fiction soit énoncée clairement, unité et continuité des lieux et du temps. C'est à cette condition qu'ils considèrent la mimesis comme parfaite et qu'ils reconnaissent la représentation. » En jouant avec les codes de la narration et en superposant les strates de la fiction, de la pensée politique et du récit personnel - -individuel et collectif -, l'autrice développe la pensée critique qu'elle abordait dans son précédent roman Thune, amertume, fortune sur la vie en zone rurale française, la précarité et la possibilité d'un autre monde.
La même en pire
Éditions Burn-Août
Tirage: 1 200 ex.
Prix: 12 € ; 158 p.
ISBN: 9782493534279
