Le diffuseur-distributeur Makassar traverse une situation « très compliquée », selon les mots de son dirigeant, Vincent Dodivers. Contacté par Livres Hebdo, ce dernier dément toutefois toute ouverture de procédure collective. « Il n'y a aucune procédure en cours, que ce soit redressement judiciaire ou autre », affirme-t-il. Avant d'ajouter : « Nous avons mis en place un recouvrement intensif, et nous cherchons des solutions extérieures ». S'adosser à un plus gros groupe, trouver un repreneur ? « Nous sommes ouverts à toutes possibilités. La tendance du marché est à la concentration, et il faut être pragmatique », répond Vincent Dodivers.
Distributeur ou diffuseur d'environ 200 éditeurs indépendants, de la BD indépendante aux sciences humaines, en passant par le catalogue d'Hobo Diffusion, Taschen ou encore PLG, Makassar affiche, d'après les données consultées par Livres Hebdo, un chiffre d'affaires d'environ 8 millions d'euros par an, en augmentation (il s'élevait à 5,64 millions d'euros en 2022).
Selon le dirigeant, plusieurs facteurs se sont cumulés ces dernières années, depuis la crise du Covid et l'explosion des coûts fixes, aggravés par la baisse globale du marché du livre puis de lourds impayés ayant affecté la trésorerie : en 2023-2024, le défaut de paiement d'un seul éditeur a représenté un manque à gagner de près d'un million d'euros.
Créances des gros comptes et cyberattaque
Plus récemment, Makassar indique surtout subir les conséquences des mises en redressement judiciaire de gros comptes du côté des libraires : le groupe Gibert, le groupe Nosoli avec Decitre et Furet du Nord, avec des créances devenues complexes à recouvrer.
À ces difficultés économiques s’est ajoutée la cyberattaque qui a touché en 2024 Octave, le logiciel de gestion alors utilisé par plusieurs acteurs de la diffusion-distribution. Pour Makassar, l’épisode a provoqué un « black-out » de près de trois mois.
La situation s’est encore compliquée avec le retrait annoncé de longue date par Octave du marché des métiers du livre (l'entreprise a par ailleurs été placée en liquidation judiciaire en avril 2025), obligeant Makassar à retrouver un nouveau système informatique. « Toute l’année 2025 a été consacrée au paramétrage, aux déblocages, à la mise en place d’un système en direct. Nous construisions l’outil en même temps que nous travaillions », résume Vincent Dodivers.
Un « moment de bascule » pour la chaîne du livre ?
Dans ce contexte global, l’activité se poursuit. « Pour l’instant, on continue d’envoyer des livres normalement », assure le dirigeant. Mais la société estime devoir revoir son modèle économique, notamment en facturant désormais certains coûts de distribution jusque-là absorbés.
Car le modèle de Makassar reposait historiquement sur une prise en charge importante des coûts de distribution pour permettre à des éditeurs de petite taille d’exister en librairie. « Nous avons soutenu l’édition indépendante depuis 1995, nous aimerions continuer, mais c’est devenu intenable », explique Vincent Dodivers. « Nous avons gardé sous perfusion beaucoup d’éditeurs qui, dans un système classique, n’auraient pas pu tenir. Mais avec l’explosion des coûts fixes généraux, ce modèle économique ne tient plus. C’est une évidence », poursuit-il, lucide, avant d'assurer : « Nous sommes à un moment de bascule pour l'ensemble de l'édition indépendante et de la chaîne du livre. C'est compliqué pour tout le monde ».
Aux libraires, Vincent Dodivers adresse enfin un message de solidarité : « S’ils veulent soutenir l’édition indépendante, il faut qu’ils restent derrière nous. Nous sommes un maillon essentiel entre eux et les éditeurs ».
Un important réseau d'éditeurs indépendants
