Vocation
Tout commence par un soupçon. Une institutrice doute de la rédaction d'une élève et convoque sa mère. Le lendemain, l'enfant recommence en classe, sous surveillance. Affaire classée : plutôt que de raconter son dimanche, la petite Karine Giebel a inventé une promenade en forêt, avec ses odeurs, ses sensations. Plus tard, le démon de l'écriture dévorera ses nuits et ses pauses déjeuner au bureau, jusqu'à ce qu'une collègue, intriguée, la pousse à envoyer son manuscrit à un éditeur.
Injustice Karine Giebel rêvait de devenir juge d'instruction pour mener l'enquête. Elle y renonce parce qu'il faudrait aussi trancher : « Est-ce que j'en suis capable ? Est-ce que j'en ai envie ? », s'interroge-
t-elle alors. Devenue juriste, elle échappe au verdict tout en gardant son ancrage dans le réel. Violence, injustice sociale, prison, esclavage moderne : ces thèmes qui l'interpellent vont nourrir ses futurs romans. Par eux, elle pourra « dénoncer », mais « au travers d'un personnage, au travers d'une histoire ».
Liberté « J'aime écrire sur l'enfermement parce que j'aime la liberté », confie-t-elle. Cette liberté gouverne aussi sa façon de travailler : ni plan, ni horaires fixes, ni personnage récurrent. Aucun livre ne ressemble au précédent. « J'ai le droit de changer », assume-t-elle, quitte à brusquer les adeptes du confort routinier.
Pudeur Aussi loin qu'elle s'en souvienne, Karine Giebel
n'a jamais souhaité « être lue ». Aujourd'hui encore, le départ chez l'imprimeur ouvre une période d'inquiétude. Dans l'impossibilité de pouvoir remanier le texte, elle commence à redouter
sa réception. Écrire, c'est s'exposer.
Elle sait qu'il y a « forcément » une part d'elle dans ses romans, « qu'on ne peut pas écrire quelque chose de complètement étranger à soi », mais elle avoue tenir sa vie le plus possible à distance de ses romans.
Cicatrice « J'aime qu'un livre, ou un film, me laisse une trace, presque une cicatrice. » Il faut que l'émotion demeure. C'est ce qui fait de Des souris et des hommes de Steinbeck un sommet à ses yeux. L'attachement pour les personnages que Steinbeck suscite chez le lecteur, avec une telle économie de moyens et « sans même entrer dans leur tête », reste pour elle un mystère autant qu'un objectif. « C'est ce que je cherche en tant que lectrice, dit-elle, et tente de reproduire » lorsqu'elle écrit.
Dans la terre froide
Récamier
Tirage: 70 000 ex.
Prix: 21,90 € ; 320 p.
ISBN: 9782385772192
