- LECTURE
« Lorsque j’étais enfant, puis adolescent, je ne lisais aucun livre de moi-même. Seulement les ouvrages prescrits à l’école. Puis, à 18 ans, alors que j’étais hockeyeur professionnel, je me suis trouvé désœuvré. J’ai poussé la porte de la bibliothèque Louis Aragon d’Amiens, et j’y ai emprunté le plus gros livre que j’ai pu trouver, Belle du seigneur, d’Albert Cohen. Je l’ai dévoré en une semaine, me disant : c’est ça que j’ai envie de faire de ma vie ! Je suis un autodidacte complet, à qui la lecture a donné envie d’écrire. Une envie qui ne m’a jamais lâché. Sans méthode, j’ai lu des classiques, de la littérature contemporaine. Nicolas Bouvier ou Pierre Michon, les descendants de Beckett, comme Jean Echenoz. Et, bien sûr, Le parfum de Patrick Süskind, l’un des plus grands romans du XXe siècle. Je l’ai relu pendant la Covid. Et ça a infusé en moi. »
- VOYAGES
« C’est L’usage du monde, de Nicolas Bouvier, qui a infléchi le cours de mon existence, à 25 ans. Ce livre m’a donné l’envie d’un périple au long cours : je suis parti six mois en Amérique du Sud sur les traces de Che Guevara, à moto. Depuis, je mène une vie semi-nomade, avec toujours un reportage ou un livre en tête. Là, je reviens de trois mois aux États-Unis, dans la Bible Belt et la Rust Belt, de quoi renforcer tous nos préjugés sur les Américains "MAGA". Quand on voyage, disait Flaubert, "on se rend compte de la toute petite place qu’on occupe dans le monde". »
- INDE
« J’ai découvert l’Inde en 2012, parce que ma sœur, tombée amoureuse d’un Indien, s’était installée à New Delhi. Je suis allé la voir, et j’en ai profité pour voyager trois semaines ailleurs : à Srinagar (Cachemire), Varanasi (autrefois Bénarès), Udaipur (Rajasthan). J’y suis retourné depuis. À Delhi, j’avais vu la décharge de Ghazipur, l’endroit le plus sordide qui se puisse imaginer, où des enfants à moitié nus fouillent dans le tas d’ordures le plus monstrueux de la planète pour trouver de quoi survivre. Ça m’a donné l’idée du héros du Palais, Arun Kumar, et de la revanche qu’il tenterait de prendre sur son karma. »
- VIN
« Il n’y a jamais eu, à ma connaissance, de grand roman dont le vin soit le sujet principal. Reconstituer son histoire, explorer le champ lexical de l’œnologie, c’est le travail du romancier. À l’origine, je n’y connaissais rien, je me suis gorgé de lectures, j’ai suivi deux ans au COAM (Cours d’Œnologie And More), et je suis allé sur le motif, comme mon personnage. J’avais aussi entendu parler d’un faussaire indonésien, Rudy Kurniawan. Tous les fils se sont alors connectés. Depuis, je bois beaucoup plus et beaucoup mieux. Un jour, j’aimerais ouvrir un bar à vin ! Le vin est un lubrifiant social. Et le millésime un voyage dans le temps. »
- ÉCLECTISME
« J’alterne récits de voyage et romans. Les premiers me permettent de mener une vie romanesque, avec des rencontres marquantes. Tout ce que je raconte, je l’ai vécu. Quant au roman, il m’offre la liberté vertigineuse de vivre d’autres vies que la mienne. Une sorte d’ubiquité. Peut-être aussi, un jour, écrirai-je un essai littéraire. »
Histoire d'un surdoué de l'œnologie
Racontée à rebours de la chronologie, dans un style d’une grande vivacité, où se mêle une extrême érudition œnologique avec de l’humour et des clins d’œil (l’œnologue américain Parker devient Waterman), Le palais c’est la destinée rocambolesque d’Arun Kumar. Un jeune paria indien qui, à l’âge de 7-8 ans, est vendu par sa mère pour un peu d’argent. Exploité dans un atelier, il en est exfiltré par la police, placé dans un orphelinat, puis adopté par un couple de braves Français, les Amiot, des restaurateurs bourguignons. Arun suit, apprend la langue, oublie la sienne, l’hindi, se souvient à peine de Raj, son seul ami d’infortune. Il devient aussi comme le fils du père de Margot, un viticulteur d’exception, à la tête du domaine du Clos des Toucans. Il est aussi un peu amoureux de Margot, mais il leur faudra des années, des mésaventures et des drames, pour se retrouver. Comme le Grenouille du Parfum, Arun est un surdoué, doté du « palais absolu ». Il peut reconnaître à l’aveugle cépages, millésimes, provenances de tous les vins du monde. Un don qu’il cultive, mû par une passion dévorante. Après la mort du père de Margot, il se lancera ainsi dans un tour du monde des vins, qui finit par le conduire à New York. C’est là qu’il tentera de se venger de l’injustice de son sort, en dévoyant son don et devenant un faussaire de haut vol. On se doute bien, et le romancier nous alerte à plusieurs reprises, que tout cela ne se terminera pas bien, malgré une forme de rédemption. Avec une virtuosité inouïe, François-Henri Désérable parvient à tenir le lecteur assoiffé sur près de 400 pages. Parfois il pousse un peu l’érudition, en romancier naturaliste héritier de Zola, ou frôle l’invraisemblable, en bon disciple de Dumas. Peu importe, le lecteur en redemande. Et pas seulement en France, semble-t-il. L’éditeur annonce que les droits du Palais ont déjà été cédés dans une quinzaine de langues.
François-Henri Désérable, Le palais, Gallimard, 416 p., 23 €, mise en vente le 20 août 2026.
Biographie
