Avec un marché intérieur de 1,8 million d’habitants, soit à peine 3 % du marché français, les éditeurs romands se mettent vite à lorgner sur l’Hexagone. "Il est quasiment impossible pour un éditeur francophone désireux de vivre de son métier de n’être que sur le marché romand", lance Laurence Gudin, qui a repris en 2013 La Baconnière, diffusée en France par Les Belles Lettres.
Reste que le passage de frontière est ardu. "Il y a un mur que symbolise le Jura, confirme Caroline Couteau, directrice de Zoé. Diffusée par Harmonia Mundi, notre maison est connue en France, mais essentiellement à travers les titres de Nicolas Bouvier et d’Agota Kristof. Il est en revanche très difficile de susciter l’intérêt autour d’un auteur romand s’il n’a pas une notoriété particulière." Laurence Gudin constate aussi qu’il est plus facile d’intéresser le marché français "avec des traductions d’auteurs étrangers qu’avec des auteurs francophones romands".
Bien que compliqué, l’accès au marché hexagonal n’est toutefois pas bloqué. Forte de l’historique de la maison qu’elle a reprise en 2011, Caroline Couteau a décidé de profiter des 40 ans de Zoé pour lancer une grande opération de promotion auprès des libraires français. "Nous avons édité un petit texte de Charles Ferdinand Ramuz, Lettre à Bernard Grasset, son éditeur, où l’auteur s’explique sur son écriture. Et nous invitons les libraires à l’offrir à leurs clients. Surtout, depuis l’automne, nous développons avec eux des liens personnalisés, et cela paie. Une demi-douzaine d’entre eux, dont L’Ecume des pages à Paris et Mollat à Bordeaux, ont déjà mis en avant notre production grâce à des tables ou des vitrines."
De taille plus modeste, les Editions d’en bas, qui fêtent également leurs 40 ans, se donnent de même les moyens d’augmenter leur présence en France. Elles ont récemment rejoint le distributeur Pollen, et leur directeur, Jean Richard, souhaite s’appuyer sur des partenariats avec des institutions culturelles françaises pour nouer des liens avec les libraires. Surtout, pour pénétrer le marché hexagonal, il espère bénéficier de la dynamique du collectif qu’il a créé avec ses cinq confrères, d’Hélice Hélas, Olivier Morattel éditeur, La Baconnière, L’Age d’homme et Art&fiction (voir article p. 19).
