Fille de deux « aventuriers du spectacle » et petite-fille d’une étoile de l’Opéra de Paris, Anne-Marie Sandrini est issue d’« une graine hybride qui contient toutes les danses ». Née en 1943 de l’alliance détonante du tutu et du jupon. Dans ce récit qui mêle souvenirs et archives, et paraît l’année où l’école de l’Académie royale de danse fondée par Louis XIV fête ses trois cents ans, elle parcourt avec énergie et reconnaissance sa vie et celle de sa dansante ascendance, traversant un siècle de music-hall et de ballet.
Son père, Pierre Sandrini, fils de la Triestine Emma qui brilla sur le palais Garnier au tournant du XXe siècle, lui-même élève, enfant, de l’école de danse de la « Grande Maison », fut le directeur artistique du Moulin Rouge avant de reprendre le Bal Tabarin à Montmartre où il élèvera la revue au rang des beaux-arts. Sa mère, Andrée Rapo dite Dédée, formée elle aussi à la danse classique, d’abord soliste aux Folies-Bergère, deviendra capitaine de french cancan dans le cabaret parisien de son mari. « De la place de l’Opéra à la place Blanche, le chemin n’est pas bien long, mais quel grand écart entre une jambe qui ne doit pas lever plus haut que la hanche et celle qui se lève par-dessus la tête de la butte Montmartre. » Voilà le mélange dont est issue la fille de ce couple qui s’est joué des frontières entre les disciplines. Entrée à son tour à 8 ans à l’école de danse de l’Opéra de Paris, Anne-Marie Sandrini assumera cette lignée, non sans quelques détours.
A 18 ans, alors que son père est mort accidentellement en 1949, et après des années passées sous la baguette en bambou de « Maître », qui l’a préparée à l’entrée dans le corps de ballet, la « petite Sandrini » donne sa démission et raccroche les pointes. Définitivement, pense-t-elle. Un peu plus tard, elle se marie, a deux enfants, avant que la danse ne la rattrape. S’engageant alors dans la transmission de la passion familiale, elle se consacre à l’enseignement, participe à la création d’un diplôme d’Etat et devient inspectrice de la danse de la Ville de Paris.
De ses parents, Anne-Marie Sandrini a aussi hérité d’un portrait de la célèbre Jane Avril en robe de cancan. Il est accroché au-dessus de son lit.
Véronique Rossignol
