Éditrice chez Dupuis depuis 2020, Camille Grenier s'est imposée avec ses choix singuliers et tranchés, couronnés de succès. Que ce soit avec Soli Deo Gloria, récit initiatique sur fond de musique baroque, ou Les Mondes perdus, série jeunesse sur les civilisations anciennes, elle ne se cantonne pas à un genre, naviguant entre les récits exigeants pour adultes et le pur divertissement familial.
« J'ai une ligne éditoriale très ouverte : je n'ai pas de limite, confie l’intéressée. Je porte un catalogue avec des titres 100% dans l’ADN Dupuis et j'apporte et défends des ovnis et des titres atypiques au regard du catalogue historique, mais qui correspondent aux valeurs de la maison et qui répondent à des critères d'audace, de diversité et d'exigence. »
De la librairie à l'édition, en passant par l'événementiel
Stéphane Beaujean, directeur éditorial de Dupuis, ne tarit pas d'éloges sur son travail. « Dans le milieu de l'édition, elle me semble compter parmi les meilleures. Elle comprend l'air du temps, qu'elle ausculte avec un regard politique, littéraire, social-économique. Elle pousse le catalogue vers d'autres genres dans lesquels on avait du mal à percer. »
Ex-librairie, Camille Grenier a travaillé à l'événementiel de Dupuis avant de basculer éditrice. Forte de ce parcours, elle a adopté « une vision à 360 degrés » pour créer l'événement avec ses titres. « J'embarque, très tôt en amont, la diffusion, les librairies, le service promotion. J'ai à cœur de fédérer les équipes autour des albums auxquels je crois tout particulièrement et pour lesquels je perçois de vrais leviers à activer. »
Les chiffres lui donnent raison. Le multi-primé Soli Deo Gloria de Jean-Christophe Deveney et Édouard Cour s'est déjà écoulé à 48 000 exemplaires depuis octobre. « Quand j'ai vu le projet, j'ai tout de suite senti qu'il y avait quelque chose », se souvient Camille Grenier. Un autre de ses projets, De pierre et d'os de Jean-Paul Krassinsky, a dépassé les 24 000 copies. Des scores qui sortent du commun pour des « œuvres littéraires exigeantes ».
Meilleurs lancements du rayon jeunesse
Avec Les Mondes perdus d'Aucha et Isabelle Lemaux, mais aussi L'île de minuit, de Lylian Klepakowski et Nicolas Grebil, Camille Grenier a réussi l'exploit de signer deux années de suite, en 2024 et en 2025, le meilleur lancement jeunesse tous éditeurs confondus. Les deux premiers tomes des Mondes perdus se sont vendus à 66 000 exemplaires (le troisième sortira le 20 mars). Et L'île de minuit à 35 000 exemplaires.
Avec ces deux séries, l'éditrice déjoue les sceptiques persuadés que le jeune public, nourri par l'animation, le manga et le jeu vidéo, se détourne de la tradition franco-belge. « On utilise les codes de ces médiums pour les injecter dans la BD et réussir à intéresser ce jeune public. On essaye de comprendre ce qu'ils aiment. » Autre raison de réjouir : le lectorat des Mondes perdus et de L'Île de minuit est mixte. « C'est super car on dit souvent que la BD jeunesse est surtout lue par les petites filles. »
Son prochain ovni sera La Maisonnette, par le dessinateur costaricien Edgar Sandí Martínez. Elle annonce un « témoignage touchant et incarné sur la vie d'immigrant », doté d'une « narration audacieuse, créative et complexe » dans la lignée de Chris Ware et Jason Shiga. En attendant, elle publie au printemps La Réalité est énorme, la biographie dessinée de Brigitte Lecordier, légende du doublage et voix française de San Goku dans Dragon Ball. « Dans cet album, on passe par de telles émotions qu'on a envie qu'il soit connu de tous. On ne fait pas les livres pour soi, mais pour les autres. »
