Dans la romance small town, le cliché est roi. Qui n’est jamais tombé sur un livre ou un film à propos d’une femme carriériste qui atterrit dans une petite ville, et tombe amoureuse d’un beau fermier ? Apprenant par la même occasion à revenir aux choses simples, loin de la férocité des capitales ?
Cette ribambelle de tropes est si vue et revue qu’elle confine à la parodie. Mais que se passe-t-il lorsqu’on décale la focale de quelques centimètres ? Vers ceux qui sont les grands lésés de l’histoire : le petit ami citadin et blasé que l’héroïne quitte pour ledit fermier, la working girl qui refuse d’accepter la mise au vert qui serait pourtant un voyage initiatique dans la narration…
Ces figures repoussoirs sont au cœur de Book Lovers, roman d’Emily Henry qui paraît ce 4 février aux éditions Hauteville (trad. Claire Allouch). La nouvelle coqueluche de la romance y brosse le portrait de Nora, une redoutable agente littéraire qui, contrainte de passer ses vacances à la campagne, croise Charlie, un éditeur qu’elle ne porte pas dans son cœur.
Le retournement de situation est cocasse : il fallait que ces deux drogués au travail atterrissent dans la même petite bourgade pour se rapprocher. Encore une entorse au trope small town : ni l’un ni l’autre ne sera sensible au charme de la nature. Et pas de fermier sexy à l’horizon. Ou presque.
Tomber amoureux dans le monde du livre
Emily Henry, six romans au compteur (dont cinq traduits en français), est souvent l’autrice que l’on recommande aux réfractaires de la romance qui souhaiteraient élargir un peu leurs horizons. Et pour cause : sa verve, ses dialogues mordants et la profondeur des sujets abordés, à l’instar des dysfonctionnements familiaux, tempèrent le ton traditionnel des comédies romantiques, bien que ses éléments soient aussi présents.
Objet de fascination dans tous les genres littéraires, l’univers du livre se trouve toujours au centre de l’intrigue des livres d’Emily Henry. Book Lovers est une appellation qui pourrait définir l’entièreté de son œuvre : Comme un roman d’été narre la rencontre de deux écrivains rivaux. Funny Story, la passion d’une bibliothécaire jeunesse pour son métier. Et le dernier, Great Big Beautiful Life, traite de deux journalistes en compétition pour écrire la biographie d’une star recluse.
Plus âgées que les héroïnes des best-sellers romance, Nora, January ou encore Alice occupent des places « ingrates » de l’industrie : agente, autrice de romans d’amour, et chroniqueuse pour la presse people. Autant de métiers décriés qu’Emily Henry entend réhabiliter en dévoilant l’envers du décor, miroir de sa propre place dans le paysage littéraire.
Éclectisme
« Cette maturité parle, entre autres, aux lectrices de romance qui ont grandi, et vont rechercher des œuvres plus éclectiques », estime Julia Leloup. L’éditrice d’Hauteville a repéré la romancière avec le succès international de People We Meet on Vacation, adapté cette année par Netflix.
À l’époque, un seul roman d’Emily Henry était sorti en France, Comme dans un roman d’été (Cherche Midi, 2021, trad. Anne Le Bot). Avec un peu plus de 1 000 exemplaires vendus, et 9 000 en poche, on était loin de l’engouement qui saisissait alors les lecteurs internationaux.
« Avant de sortir Book Lovers, il fallait installer la carrière d’Emily Henry en France. » Hauteville a ainsi pris le relais, et a aujourd’hui publié tous les ouvrages de l’écrivaine à l’exception du tout dernier, qui n’a pas encore été annoncé. « D’habitude, nous attendons qu’un an s’écoule après la sortie du livre en langue originale pour publier un nouveau Emily Henry. Mais nous n’écartons pas l’idée d’accélérer le rythme de parution », conclut Julia Leloup.
