Des mots comme des armes. « Aujourd'hui, peu de personnes entendent "sans-culotte", "communard" ou "suffragette" comme des injures. Mais peut-on imaginer un tel destin pour des offenses comme "nègre", "pédé", "gouine", "beurette", "pute" ou "wokiste" ? » Dans cet essai passionnant, riche et accessible, le journaliste Anthony Vincent explore la manière dont les personnes et les -communautés marginalisées, exclues de la société et des normes qui la codent, ont repris à leur compte le rejet et l'insulte en se les réappropriant et en les retournant. Mais dans le même temps, il s'interroge sur l'effet réel de ce retournement de stigmates. Peut-on penser le langage comme un terrain de luttes sur lequel la reproduction des dominations pourrait vraiment être désamorcée ?
Dans une perspective intersectionnelle, Anthony Vincent propose une réflexion à la fois philosophique, sociologique, historique et personnelle et revient sur les luttes et les armes linguistiques qui ont accompagné l'histoire des personnes noires et racisées, des LGBT, des handicapés, des femmes. Il rappelle comment le terme « queer », qui désignait à l'origine des personnes « bizarres », a été récupéré par des militants dans les années 1980 et est aujourd'hui devenu un mot que la communauté LGBT s'est complètement réapproprié et dont elle est fière. Le terme « pédé » se trouve quant à lui « à la croisée de deux mouvements contraires : à la fois encore utilisé comme une insulte par une grande partie de la société, à la fois réemployé par les premiers concernés de manière empouvoirante ». Le mot « nègre », au cœur du mouvement de la négritude dans les années 1930 et aujourd'hui couramment utilisé aux Antilles, disparaît progressivement des espaces publiques et du langage courant en France métropolitaine, renvoyant à l'histoire coloniale et esclavagiste. La négrophobie a-t-elle pour autant disparu ?
En décrivant différentes attitudes - qu'il s'agisse de trouver de la force et de la joie à retourner les stigmates ou de préférer utiliser d'autres outils que ceux de l'oppresseur -, Anthony Vincent rappelle, qu'au-delà du langage, « ce sont nos liens, nos corps, nos coalitions qui rendent possibles nos affranchissements ».
L'insulte. De l’injure à la solidarité
Les Liens qui libèrent
Tirage: 3 000 ex.
Prix: 17,50 € ; 224 p.
ISBN: 9791020921277
