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Pas simple pour les professionnels du livre universitaire de s'adresser à l'étudiant du XXIe siècle. Cette fameuse génération Y, née avec une souris dans la main et un écran d'ordinateur sous les yeux, n'entretient pas les mêmes rapports avec le livre imprimé que les générations qui l'ont précédée. "Les étudiants d'aujourd'hui utilisent Google et Wikipédia pour se documenter, ils cherchent des informations sur un point précis et moins une vue d'ensemble sur un sujet donné", constate Philippe Gualino, des éditions Gualino.
"En expertise comptable, ce n'est pas pertinent de télécharger un ouvrage de 850 pages. Il est plus intéressant de récupérer en ligne des corrigés d'exercices. En offrant un service complet aux étudiants, on les fidélise aussi pour nos ouvrages papier." MARILYSE VÉRITÉ, FOUCHER- Photo OLIVIER DIONPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Sur un marché du numérique balbutiant et occupant encore une place marginale dans le chiffre d'affaires des éditeurs, la tendance est donc à la recherche d'un modèle économique capable de répondre aux besoins d'étudiants moins enclins à investir dans d'épais manuels tout en étant viable. "Le marché universitaire de l'économie-gestion a ses particularités, remarque Marilyse Vérité, responsable des projets éditoriaux enseignement supérieur chez Foucher. On ne peut pas proposer le même service numérique selon qu'il s'agit d'ouvrages de droit, lesquels se prêtent par exemple très bien au format numérique, car la matière est mouvante et les mises à jour nécessaires en permanence, ou d'ouvrages d'économie-gestion." Leader sur le marché de l'expertise comptable, Foucher commercialise des ouvrages papier de cours, d'application et de révision, complétés depuis 2007 par une offre gratuite de corrigés en ligne. «En expertise comptable, ce n'est pas pertinent de télécharger un ouvrage de 850 pages. Il est en revanche beaucoup plus intéressant pour les étudiants de récupérer en ligne des corrigés d'exercices. D'autant qu'en pratique ils achètent peu les corrigés papier. En leur offrant un service complet, on les fidélise aussi pour nos ouvrages papier."
Gualino annonce de son côté pour 2012 la commercialisation de certains ouvrages exclusivement sous forme numérique. "Les contenus seront enrichis et utiliseront toutes les forces du support numérique (interactivité, recherche, liens, vidéos...) », indique Philippe Gualino, qui ne propose pour l'heure que des livres numériques homothétiques.
Chez Eyrolles et à La Découverte, on croit surtout aux vertus du B2B pour le livre universitaire. "Nous savons bien que les étudiants aiment pirater tout ce qu'ils peuvent, nous sommes donc très vigilants sur les ouvrages numériques. La solution passe certainement par des initiatives conjointes des fabricants de tablettes et des écoles permettant de fournir des offres packagées aux étudiants. 2012 s'annonce de ce point de vue comme une année charnière avec l'émergence de nouveaux acteurs", indique Marie Allavena, directrice générale d'Eyrolles.
B2B
"Tous nos titres de la collection "Repères" sont disponibles sur la plateforme Cairn.info. Il s'agit d'un portail où les ouvrages sont publiés sous forme de licences conclues avec les bibliothèques universitaires en France et à l'étranger", indique François Gèze, P-DG de La Découverte, qui réalise 4 % de son chiffre d'affaires dans le livre numérique, essentiellement en B2B. Pour ce qui est de la relation B2C, l'éditeur préfère décaler la version numérique des ouvrages six mois après la sortie du livre papier. "Cela permet d'éviter une cannibalisation trop rapide du numérique sur le papier, qui subit actuellement une érosion certaine, précise François Gèze. L'équilibre économique des éditeurs restera menacé tant que cela ne sera pas compensé par les livres numériques, qui rapportent encore très peu aujourd'hui."
"Il y a une attente de gratuité de la part des étudiants, concède Dominique de Raedt, directrice éditoriale chez De Boeck, mais je pense que la qualité des contenus proposés et aussi le rôle prescripteur des enseignants pour une bonne préparation aux examens vont jouer en notre faveur." L'éditeur lancera d'ici à la fin de l'année une plateforme d'apprentissage de la comptabilité, pour le marché belge dans un premier temps. «Certains ouvrages auront des sites compagnons multimédias payants (avec vidéos et exercices interactifs, glossaires interactifs...). L'idée est d'apporter un enrichissement pédagogique à l'ouvrage papier, à l'instar des sites compagnons des grands manuels anglo-saxons", précise Dominique de Raedt.
Chez Dunod, qui a numérisé 1 500 titres de son catalogue depuis 2009, dont un tiers en économie-gestion-management, les interrogations sont identiques. Pour le trentième anniversaire du Ramsès, l'éditeur commercialise cette année une offre unique qui comprend l'ouvrage papier et un code à gratter personnalisé permettant de télécharger une version numérique du livre sur tablette. "Nous avons fait l'effort d'associer les deux supports pour le prix d'un seul, mais on ne pourra pas se le permettre pour tout le catalogue. Le travail de mise en forme de la version numérique, sa commercialisation sont lourds et nécessitent un travail double. Dans le même temps, le chiffre d'affaires n'est pas doublé", rappelle la directrice éditoriale Manuela Boublil-Friedrich.
LE PAPIER RASSURE
Si la plupart des acteurs s'accordent à considérer que le livre numérique est l'avenir de l'édition dans le secteur de l'économie, ils n'enterrent pas le papier pour autant. "Un livre d'économie se lit avec un stylo pour prendre des notes. Le numérique n'a d'intérêt que s'il y a des mises à jour régulières, ce qui ne se fait jamais en pratique avec les traités académiques", estime Jean Pavlevski, chez Economica. "En expertise, le papier rassure encore », renchérit Marilyse Vérité, des éditions Foucher. "Pour le moment, on ignore surtout quand le marché du numérique va décoller, rappelle Manuela Boublil-Friedrich. A l'heure actuelle, les propriétaires de tablettes lisant régulièrement des livres numériques ne sont pas si nombreux que cela. Si vous les ramenez à la proportion de population qui nous intéresse sur le livre universitaire, on se retrouve avec un marché très réduit." En attendant le décollage du numérique, chacun fourbit ses armes. Pour ne pas manquer l'avion.


