Sur le site de la mairie de Paris, cette phrase laconique : « Les conditions de sécurité n'étant pas remplies, la médiathèque est fermée ce mercredi 15 avril. Veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée ».
Il faut remonter au 9 avril pour connaître les raisons de cette fermeture, explique la Ville : « Plusieurs individus bruyants dérangeaient une partie des lecteurs de la Médiathèque James Baldwin. Lorsque les bibliothécaires sont intervenues pour appeler au calme, elles ont été agressées physiquement ».
Mais sans préciser le nombre d’agresseurs ni de bibliothécaires concernées. Comme le commente une source interne, « cette histoire est nébuleuse. Il n’y a eu aucune communication de la direction des affaires culturelles au réseau, ni aux représentants des personnels. Les collègues le savent un peu par hasard, via le bouche à oreille. L’agression a eu lieu le jeudi 9 avril et la médiathèque est restée fermée au moins six jours, un temps inhabituellement long ».
5 000 personnes en quatre heures
Un grand nombre d’agressions de bibliothécaires sont recensées en France. Par exemple en mars à José Cabanis, la médiathèque centrale de Toulouse : tandis qu’elle rangeait des livres, une agente s’est retrouvée avec du sperme dans le dos. Et sur les deux dernières années, l’employé Nicolas Rébier nous raconte des collections dégradées par des urines et des excréments, des dessins islamophobes, des croix gammées, des agressions physiques contre des médiateurs et un agent de sécurité. Dimanche dernier, la police municipale a dû intervenir pour une usagère qui ne voulait pas sortir.
« On observe globalement une recrudescence des incidents dans tous les services publics, et en particulier les bibliothèques, car elles sont gratuites, accessibles à tous. Et une médiathèque comme celle de José Cabanis brasse beaucoup de monde, 5 000 personnes en un dimanche après-midi », rapporte le syndicaliste à la CGT.
Que faire quand une agression survient ? « On ferme immédiatement, et le lendemain matin on en discute. » José Cabanis a « gagné » des caméras de surveillance, « mais ça n’empêche pas les agressions ! » Autre levier : avoir davantage de régulateurs, « des agents qui sont mobiles, font du lien, discutent, font baisser les tensions au moment où ça pourrait dégénérer », indique le bibliothécaire. Ils sont présents dans les bibliothèques de quartier, et un est actif à la médiathèque centrale, et pourrait être rejoint par trois autres.
Problème, pointe encore Nicolas Rébier : ce ne seront pas des créations de poste. « On va perdre des collègues, à qui on donne cette nouvelle mission, déplore le cégétiste. Or, nous sommes déjà en sous-effectifs, donc nous n’avons pas de bonnes conditions d’accueil ». Une situation de crise qui en génère d’autres.
Quant à la Ville de Paris, elle raconte avoir « immédiatement pris les dispositions nécessaires, contactant directement la Police Nationale et dépêchant pour les jours suivants un agent de sécurité supplémentaire ». Avant d'ajouter : « L’accueil des publics en difficulté, notamment en détresse psychologique, est fortement travaillé. Cependant, il s'agit d'un effort de long terme ».
