Avant-critique Roman

Famille d'écueil. Ouvrez grand vos parapluies. En quelques pages, Emmylou, la narratrice de ce premier roman de Sidonie Bonnec, va passer des intempéries de la Bretagne à celles de l'Angleterre. Une constante météorologique mais un renouveau total pour la jeune fille, qui espère un avenir enfin digne d'elle. Car Emmylou est mal née. C'est-à-dire travailleuse, ambitieuse, vive, mais consciente d'être élevée au sein d'une famille au plafond plus bas qu'un ciel d'hiver. Pour réaliser son rêve, devenir journaliste et ainsi échapper à son origine sociale, elle doit commencer par fuir le trou à rats de sa naissance, le village fictif de Plouhernec. Dès le bac en poche, Emmylou trouve comment prendre la tangente : elle sera fille au pair à Londres. L'herbe est naturellement plus green de l'autre côté de la Manche. La découverte de la résidence ultrachic de Hidden Grove où l'attend sa famille d'accueil, les White, est un choc. Tout est blanc dans la maison, et les White sont beaux. Emmylou se met alors à apprendre « deux langues : l'anglais et le riche ».

Mais bientôt, et bien sûr, puisque nous sommes dans un parfait domestic thriller, un malaise majeur s'installe, provoqué par une foule de détails mineurs. Mrs White lui confisque sa pièce d'identité sous prétexte de la garder en lieu sûr ; Mr White lui interdit à demi-mot de passer le haut portail fermé de la résidence ; le téléphone vers la France ? Trop coûteux (nous sommes dans les années 1990, avant les cellulaires) ; et puis il y a l'aîné des deux enfants, Lewis, dont le handicap lui a été caché. Le garçon se déplace péniblement, aidé d'une béquille, les jambes tordues comme des sarments. Il semble s'affaiblir de jour en jour. Emmylou remarque ensuite une tache étrange dans le cou du petit frère, Simon. Une tache de teinture. Le bébé blond est teint en brun par sa mère... Enfin, la jeune fille découvre cette phrase, écrite au bas du lit : « Je sais pourquoi je suis là ». La précédente fille au pair a-t-elle gravé ces mots si bien dissimulés ? Et où est-elle ? Rien ne fait sens jusqu'à ce que la folie de cette famille « toute de puissance et de pureté » se révèle.

On cherche entre les lignes où Sidonie Bonnec puise de telles idées. Dans La servante écarlate de Margaret Atwood ? Dans la communauté sectaire parisienne La Famille ? Dans Un bébé pour Rosemary d'Ira Levin, dont Polanski a tiré un film d'horreur ? Ou dans quelque bon thriller où les jeunes filles trop curieuses finissent enterrées sous un massif d'hortensias au fond du jardin ? On sait surtout que cette fiction hors des sentiers battus et formidablement aboutie pour un premier roman s'inspire de l'histoire vraie de son autrice. Du moins, dans ses balbutiements. Sidonie Bonnec, animatrice de radio et de télévision, qui a déjà signé des livres sur la maternité et la vie domestique chez Fayard, a été fille au pair dans une famille londonienne parfaite... dont elle est étrangement vite repartie. Où s'arrête l'expérience et où commence le cauchemar ? La décision appartient à l'imagination du lecteur.

Sidonie Bonnec
La fille au pair
Albin Michel
Tirage: 15 000 ex.
Prix: 21,90 € ; 320 p.
ISBN: 9782226497949

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