À 40 ans et avec 1 700 exposants venus de 82 pays, la Foire internationale du livre de Pékin (BIBF), qui se déroule du mercredi 17 juin au dimanche 21 juin, opère sa mue. « Ce n'est plus une foire du livre, c'est une foire culturelle », résume à Livres Hebdo Sean Xie, directeur international de la BIBF.
Un modèle d’industrie culturelle à la coréenne
Pour illustrer cette mutation engagée depuis plusieurs années, la Foire, comme plusieurs autres ces dernières années, dont celle de Francfort, a créé une zone dédiée à la licence IP, développée en partenariat avec la China Toy & Juvenile Products Association, réunissant une vingtaine d'entreprises.
Elle vient doubler un BIBF ComicHub, dédié à la bande dessinée jeunesse en forte expansion, et un pavillon « Internet Publishing » rassemblant les mastodontes du numérique chinois : NetEase, Tencent, ByteDance ou Yuewen. La logique se rapproche du modèle coréen d’industrie culturelle où l'édition n'est plus un secteur isolé, mais le point de départ d'une chaîne de valeur transmédia, avec produits dérivés.
L'IA comme environnement, non comme outil
Ce repositionnement répond à une lecture lucide du marché chinois. Dans un pays où le commerce en ligne piloté par le contenu a progressé de 30 % en 2025 pour représenter désormais plus de 40 % du marché de détail du livre, où Douyin (TikTok) a vu les commandes liées à des contenus littéraires bondir de 99 % en un an, la foire ne peut se contenter d'être un lieu d'échanges de droits traditionnels.
« La BIBF a toujours un cœur de métier dans le commerce des droits, mais elle va au-delà », concède Sean Xie, qui voit dans l'événement un lieu où se rencontrent désormais éditeurs britanniques, publishers brésiliens, maisons japonaises et professionnels coréens, dans un écosystème qui n'est plus simplement sino-centré. D’autant que le boum de la vente en ligne, dans un contexte de prix ouvert, a fortement rogné les marges des éditeurs, qui investissent dans les nouvelles technologies pour trouver des leviers de croissance.
Impossible donc d'évoquer la Foire de Pékin 2026 sans parler d'intelligence artificielle : la BIBF lui consacre un pavillon entier, plusieurs forums de haut niveau — dont le Beijing International Publishing Forum (BIPF) ce jeudi 18 juin et la PubTech Conference —, et un positionnement assumé.
Là où les éditeurs occidentaux débattent des risques, les acteurs chinois expérimentent. « En Occident, beaucoup de temps est passé à débattre avant même d'essayer. En Chine, on teste, et si ça ne marche pas, on arrête et on passe à autre chose », reconnait Sean Xie, précisant que cette posture n'est pas de l'enthousiasme naïf mais une réponse pragmatique à la vitesse d'un marché qui n'attend pas. Selon lui, l'IA irrigue désormais chaque étape de la chaîne éditoriale chinoise : sélection de sujets, correction, processus d'impression, recommandation algorithmique.
Un potentiel commercial immense pour les œuvres françaises
À une semaine de la Foire de Séoul, où la France est le pays invité d’honneur, le National Convention Centre de Pékin n’accueille pas de stand français. La BIBF travaille pourtant activement avec l'Institut français et l'ambassade de France à Pékin pour structurer des opportunités de coédition et de licences IP, et pas uniquement sur le livre. « Les propriétés intellectuelles françaises ont un potentiel commercial immense sur le marché chinois », rappelle Sean Xie, citant l'engagement de la foire au Festival du livre de Paris comme signal d'une réciprocité souhaitée.
La zone IP, le ComicHub et les forums numériques constituent autant de portes d'entrée pour des éditeurs français qui auraient tort de réduire Pékin à un marché de cession de droits littéraires classiques. Reste à savoir comment positionner leurs catalogues dans une économie où le livre n'est que le premier maillon.
