Au Palais de la Porte dorée, devant un parterre moins fourni que les années précédentes, Rachida Dati, qui a par ailleurs annoncé son départ prochain du gouvernement (lire ci-après), a détaillé les orientations de sa politique en faveur du livre, pour sa 3e cérémonie des vœux en tant que ministre de la Culture, jeudi 29 janvier. « Lorsque j’ai annoncé des mesures pour faire tomber les barrières géographiques, certains se sont étonnés », a déclaré la ministre, défendant son Plan Culture et ruralité qui touche 88 % du territoire et 22 millions de concitoyens.
Lire aussi : Rachida Dati : « Il faut mettre du livre partout »
La ministre a notamment mis en avant la concertation nationale sur le livre et la lecture menée à l’automne avec le ministre de l’Éducation Édouard Geffray, « la première depuis 25 ans, ciblée en particulier sur les jeunes ». Parmi les dispositifs annoncés : « 50 livres pour le plaisir », déployé dans 250 centres de loisirs, et « Ma première carte de bibliothèque » offerte à chaque naissance. En 2026, des pôles de rencontres entre auteurs et publics seront labellisés et dotés de 150 000 euros.
Rachida Dati a également défendu le pass Culture, qu’elle affirme avoir « réformé en profondeur afin qu’il ne soit plus un outil de reproduction sociale, mais un outil de démocratisation de la culture ». Selon elle, le dispositif est plébiscité par les jeunes, notamment dans les quartiers prioritaires et les zones rurales, avec un taux d’inscription supérieur à 90 % et une satisfaction à 95 %.
Contraste avec la réalité budgétaire
Ces annonces contrastent avec la réalité budgétaire. La loi de finances 2026 prévoit un budget culturel de 4,2 milliards d’euros, en recul de 216 millions d’euros par rapport à 2025. Le livre figure parmi les grands perdants avec une baisse de 25 %, dont 15 % pour le Centre national du livre, qui cumule ainsi 22 % de réduction sur deux ans.
Le pass Culture, mis en avant par la ministre, voit son budget amputé de 42,5 millions d’euros, ramené à 127,5 millions. La mission « Transmission des savoirs et démocratisation de la culture » recule de 37 millions d’euros en 2026, soit près de 100 millions d’euros en deux ans.
Le secteur a réagi le 19 janvier par une pétition lancée par les professionnels du livre pour alerter sur les dangers encourus. Une cinquantaine d’organisations professionnelles avaient déjà signé une tribune à la mi-décembre dénonçant ces coupes.
L’assistance moins nombreuse au Palais de la Porte dorée reflète peut-être cette tension. Parmi les présents du secteur du livre : Régine Hatchondo (CNL), Philippe Robinet (Calmann-Lévy), Arnaud Robert (Hachette Livre). Delphine Ernotte-Cunci, présidente de France Télévisions et présidente du jury des Trophées de l’édition 2025, a confié rester « avec les gens du livre » pour cette soirée.
Dans son discours, Rachida Dati a évoqué les menaces pesant sur la culture, citant l’intelligence artificielle et la remise en cause des modèles de souveraineté culturelle. « Si notre culture est à ce point une source de fierté, c’est grâce à la force de notre modèle et de notre exception culturelle », a-t-elle affirmé, promettant de défendre le droit d’auteur, « y compris par la voie législative ».
La ministre a également annoncé la création d’une « fête du théâtre » en 2026, sur le modèle de l’opération « Tous à l’Opéra ! », et la refonte du « 1 % artistique » via un fonds pour l’art public. Elle a aussi confirmé l’ouverture en 2027 de la maison du dessin de presse, dont « le chantier a bien démarré ».
Constance Rivière, directrice du Musée national de l’immigration recevant la cérémonie, a souligné dans son discours d’accueil les menaces internationales pesant sur la culture, évoquant le démantèlement du ministère de la Culture en Argentine et la mise au pas de l’audiovisuel public en Italie.
Alors que Rachida Dati est candidate à la mairie de Paris dont le scrutin a lieu au mois de mars, la ministre a clôturé son discours par une phrase sibylline assurant de son soutien constant : « L’idée que je me fais de la Culture dépasse ce ministère : c’est le combat d’une vie ».
Le ministère de la Culture en passe d'être remanié
