En 2018, David Vincent, ancien directeur éditorial des éditions de l'Arbre vengeur, lance un challenge à ses étudiantes en édition : créer une maison de toutes pièces et publier un ouvrage durant leur année scolaire. Une initiative qui a depuis fait florès : à l’IUT Bordeaux Montaigne (Université Bordeaux Montaigne), la maison-école dirigée par les étudiants publie tous les ans 7 à 8 ouvrages. Cette année, elle inaugure en plus une collection intitulée « Sous l’œil de l’Apprentie », avec une mise en vente prévue le 25 juin prochain.
Au cœur du monde de l’édition
Cette nouvelle collection a l'ambition de mettre en avant des personnalités du monde de l'édition et du livre. Sous la forme de longues interviews réalisées par les étudiants, les titres offrent des portraits approfondis et proposent des réflexions sur les métiers de l'édition. « Les ouvrages qui composent la collection ne se contentent pas de raconter des trajectoires, ils permettent aussi au lecteur de comprendre les enjeux, les défis et les choix éditoriaux derrière des carrières professionnelles inspirantes », déclare la maison. Signés « collectifs », les trois titres à paraître sont consacrés à Marion Mazauric, fondatrice des éditions Au Diable Vauvert, Joëlle Losfeld, fondatrice des éditions Le Terrain vague-Losfeld, et Laure Leroy, cofondatrice de Zulma.
Le professeur explique qu’il est intéressant pour ses étudiants de comprendre les carrières de ces personnalités afin d’élargir leur culture éditoriale : « Publier des livres sur des éditeurs contemporains, c’est assez peu fait ». Les étudiants s’interrogent notamment sur le lien de filiation dans le domaine de l’édition, comme c’est le cas de Joëlle Losfeld, fille d’éditeur. L’objectif est également de montrer aux étudiants qu’il est tout à fait possible de réussir dans ce métier, y compris en tant que femme. Cette année, la maison-école a pour marraine Nathalie Zberro, directrice des éditions de l'Olivier.
Les couvertures de la collection « Sous l'oeil de l'Apprentie »- Photo ÉDITIONS DE L'APPRENTIE
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Ambition pédagogique
Dans un contexte où il est de plus en plus difficile pour les étudiants de trouver des stages ou des alternances, David Vincent confie qu’une expérience professionnalisante qui explore la chaîne complète de l’édition est essentielle pour les apprentis éditeurs. « Souvent les formations proposées sont très spécialisées, alors qu’il faut savoir tout faire. » En collaboration avec d'autres filières de la faculté, les étudiants font régulièrement appel aux étudiants en Master d'illustration et à différents corps de métier et gèrent un budget, découvrant ainsi le métier d’éditeur dans toutes ses dimensions.
Une structure professionnelle
Malgré une ambition qui reste « pédagogique », la maison se constitue comme une vraie maison d’édition et a publié de nombreuses oeuvres du domaine public : sélection des textes, mise en forme et fabrication, collaboration avec des prestataires externes et communication et diffusion. L'Apprentie est diffusée et distribuée par Dod & Cie. Les livres sont vendus dans les librairies alentour et les librairies des villes d’origine des étudiants, avec des tirages compris entre 700 et 1 000 exemplaires. La meilleure vente, Bien des manières de se fêler de Francis Scott Fitzgerald, s’est écoulée à 1 000 exemplaires. L’imprimeur principal est SEPEC, dans l’Ain. « Nous avons de bons rapports avec eux, ils sont compréhensifs et patients », souligne David Vincent.
La maison est financée par les fonds de la faculté et grâce à un financement participatif. Tous les ans, une cagnotte en ligne est mise en place avec HelloAsso. L’année dernière, la maison a récolté 3 500 euros. Les masters 2 disposent d'un budget de 1 500 à 2 000 euros par projet tandis que les élèves du BUT 3 bénéficient de 1 000 euros.
Des éditeurs en herbe
Présente aux Escales du livre à Bordeaux tous les ans, la maison a même réussi à participer au salon du livre l’année dernière, expérience qui ne pourra pas se répéter cette année, faute de moyens. Mais ce n’est pas la motivation qui manque chez ces futures éditrices (les garçons sont très minoritaires) : « Elles ont un sérieux et un souci de bien faire, elles ont presque l’impression de jouer leur vie, s'amuse l'éditeur. Elles font très bien leur travail, parfois même mieux que certains éditeurs. »

