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Le souffleur

Gilles Kneusé - Photo DR

Le souffleur

Gilles Kneusé se souvient de cette fois où il souffla les répliques d’un géant du théâtre qui avait des trous de mémoire.

Par Sean James Rose
Créé le 16.01.2018 à 17h10

"Quand tu seras sur le plateau avec moi, si j’en ai besoin, je viendrai te voir. Et quand tu ne seras plus là, dans la deuxième partie, je viendrai à la fenêtre et tu me diras le texte depuis les coulisses", dit le vieux comédien à son camarade de planches. L’homme a des trous de mémoire. Gilles Kneusé, lui, se souvient très bien de ce moment au restaurant où l’acteur lui demande d’être son souffleur. On est à trois heures de la première. C’était pour une pièce de Thomas Bernhard, Minetti, mise en scène par André Engel en 2009. L’œuvre de l’Autrichien est une cruelle mise en abyme de la répétition : "il" joue le rôle d’un vieil acteur répétant Le roi Lear dans l’attente d’un prétendu rendez-vous avec un directeur de théâtre. Souffler la réplique à l’acteur, le vrai, quand le rideau se lèvera réellement, plus simple à dire qu’à faire… discrètement. Le chirurgien de formation et aujourd’hui comédien et metteur en scène Gilles Kneusé signe un premier roman, Par cœur, à la fois sincère et pudique sur cette relation particulière qui s’est nouée avec le grand acteur jamais nommé par pudeur mais on devine (il a tourné avec Sautet, Chabrol, Melville ou encore Ettore Scola ou Buñuel, et en 2011 encore il tenait le haut de l’affiche dans Habemus papam de Nanni Moretti). Eloge de la dignité de l’acteur sénescent qui jusqu’au bout veut jouer.

Sean J. Rose

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