En mai 2017, à peine élu, Emmanuel Macron avait reçu un courrier exigeant "la vérité historique" sur cette affaire, lettre signée notamment par Edgar Morin, Mathias Enard, Jérôme Ferrari et Benjamin Stora.
Maurice Audin, mathématicien né en Tunisie en 1932, est mort à Alger en 1957. Membre du Parti communiste algérien et militant de l’indépendance algérienne, son décès a longtemps été occulté par l’Etat français. La version officielle affirmait qu’il avait été tué sur ordre du général Aussaresses lors d’une évasion.
Il a fallu attendre 2014, pour que François Hollande reconnaisse qu’il était mort en détention. Depuis quelques années, les langues se délient, notamment celle d’un ancien appelé qui a confessé dans L’Humanité en janvier : "Je crois que c’est moi qui ai enterré le corps de Maurice Audin." Son corps n’a jamais été retrouvé.
L'apport de Pierre Vidal-Naquet
Depuis 1957, la famille Audin puis le comité Audin, dont Mona Ozouf fut membre, ont été en quête de vérité. En mai 1958, Pierre Vidal-Naquet publie L’affaire Audin, premier ouvrage à évoquer la mort du scientifique lors d’une séance de torture.
C’est d’ailleurs une citation de Pierre Vidal-Naquet qui est en préambule du communiqué de l’Elysée. Emmanuel Macron se repose ainsi sur ceux qui, en enquêtant sur l’affaire, "ont minutieusement recoupé les témoignages, les documents, les vraisemblances pour établir un faisceau d’indices concordants. Leurs travaux s’accordent tous à reconnaître que la mort de Maurice Audin a été rendue possible par un système légalement institué qui a favorisé les disparitions et permis la torture à des fins politiques."
Le livre de Pierre Vidal-Naquet, réactualisé en 1989 sous le titre L’affaire Audin: 1957-1978, est toujours disponible chez Minuit, qui l’a réédité en 2012. Par ailleurs, La Découverte avait réédité en 2002 La raison d’Etat, recueil de textes publiés par le comité Maurice Audin parus en 1962, retraçant le système de répressions mis en place par l’Etat français en Algérie. Chez le même éditeur, rappelons également le livre de Benjamin Stora, La gangrène et l’oubli: la mémoire de la guerre d’Algérie (2005).
Ouverture des archives sur les disparus
La fille du mathématicien, Michèle Audin, avait publié Une vie brève (Gallimard), réédité en 2016 en Folio. La même année, Via Romana a édité Histoire cachée du Parti communiste algérien de Jean Monneret.
De son côté, le journaliste Jean-Charles Deniau a sorti La vérité sur la mort de Maurice Audin en 2014 aux éditions des Equateurs. Notons aussi le livre d’entretiens avec Jean-Charles Deniau avec le général Aussaresses, Je n’ai pas tout dit (Rocher, 2008), où il révèle avoir menti sur les circonstances du décès du jeune indépendantiste.
Dans un souci de transparence, le président de la République ajoute qu’il "souhaite que toutes les archives de l’Etat qui concernent les disparus de la guerre d’Algérie puissent être librement consultées et qu’une dérogation générale soit instituée en ce sens".
