Créée en 2003 par Vincent Henry, La Boîte à Bulles devient Pictavita, selon un communiqué diffusé le 5 janvier. La marque du groupe Les Humanoïdes Associés, en difficultés financières et qui compte près de 400 titres à son catalogue, va donc poursuivre son activité « à un rythme réduit », selon le président du groupe, Fabrice Giger.
Deux titres déjà parus, six à paraître prochainement ?
Ce dernier a annoncé le nouveau départ la veille de l’annonce, par courrier électronique, aux auteurs de la Boîte à Bulles. Dans cette lettre que Livres Hebdo a pu consulter, Fabrice Giger évoque « un recentrage essentiel pour la survie de l'entreprise » autour d'une ligne éditoriale resserrée. Dans le communiqué, le groupe précise que le nouveau nom, Pictavita, mot néolatin signifiant « la vie dessinée », porte la profession de foi suivante : « Raconter en images ce que les mots ne suffisent pas à dire ».
Les deux marques cohabiteront temporairement, toujours diffusées par La Diff et distribuées par Hachette Distribution. Les nouveautés et rééditions porteront l'identité Pictavita, tandis que les stocks existants continueront d'être commercialisés sous le label La Boîte à Bulles jusqu'à épuisement. Deux albums sont annoncés pour janvier 2026 : Loin des eucalyptus de LF Bollée et Paul Gros, et Chères marâtres de Solenn Bardet et Marion Chancerel, en librairie depuis ce 7 janvier. Selon la base Electre, qui compte garder la même fiche société avec les deux appellations pour que les deux fonds soient visibles avec la même recherche, une demi-douzaine de titres sont programmés d'ici au mois d'avril.
Fabrice Giger reconnaît dans son message avoir dû prendre des « décisions [...] qui ne l'ont pas été de gaité de cœur » depuis février 2025. Il affirme que « l'origine de l'ensemble des problèmes et de leurs conséquences auxquels l'entreprise a fait face tout au long de 2025 est antérieure à [sa] prise de fonction », rappelant qu'en France, « le responsable d'une Société par actions simplifiée est son président », fonction occupée jusqu'en octobre 2024 par Vincent Henry.
Dans un article paru la semaine dernière dans Libération, ce dernier dénonce une situation où « l'actionnaire principal récupère les actifs en laissant les créanciers sur le carreau » et évoque des « retours des auteurs aujourd'hui qui décrivent une relation de confiance dégradée avec la structure ». Plusieurs auteurs et illustrateurs ont mis fin à des projets en développement ou restent dans l'incertitude.
Rachat progressif par Humanoids Inc.
En 2017, Vincent Henry a fait appel au groupe Humanoids Inc., basé à Los Angeles et dirigé par l'entrepreneur suisse Fabrice Giger. En mars 2018, Humanoids Inc. a acquis une part minoritaire pour environ 70 000 euros. En juin 2019, la société devient alors actionnaire à 51 %, puis s'apprête à racheter l'entreprise à 100 % pour un montant total prévu de 508 200 euros, dont une partie reste convertie en dette.
La maison s'était imposée comme un éditeur de récits ancrés dans l'humain, publiant notamment l'Immeuble d'en face, Kaboul Disco ou des œuvres de Carole Maurel et Zelba. Son chiffre d'affaires annuel n'a toutefois jamais dépassé les 550 000 euros jusqu'en 2020.
Dans ce nouveau contexte, Vincent Henry poursuit son activité comme salarié tout en gardant la présidence. « Je voulais être libre, publier des coups de cœur, des livres qui avaient une nécessité intrinsèque, dans une relation de confiance avec les auteurs et autrices », a-t-il expliqué à Libération, décrivant l'ADN initial de sa maison. La nouvelle direction lui fixe cependant des objectifs de croissance ambitieux, visant le million d'euros de chiffre d'affaires.
Procédure de sauvegarde et liquidations en cascade
Mais les difficultés s'accumulent, l'opération mise en place pour les 20 ans de La Boîte à Bulles en 2023 se soldant par exemple par un échec commercial. En octobre 2024, Vincent Henry demande à quitter la présidence, selon le quotidien. En avril 2025, La Boîte à Bulles est placée en procédure de sauvegarde. Trois mois plus tard, les Humanoïdes associés France, autre entité du groupe de Fabrice Giger, sont placés en liquidation judiciaire. En octobre 2025, Humanoids Inc. elle-même liquide son activité aux États-Unis avec moins de 50 000 dollars d'actifs restants.
Entre-temps, en juin 2025, la propriété de La Boîte à Bulles a changé de mains via une opération de conversion de dette. Sparkling SAS, société de production audiovisuelle présidée par Fabrice Giger, transforme une créance en parts du capital, diluant la participation d'Humanoids Inc. à environ 10 % et lui faisant perdre le contrôle effectif de la maison d'édition.
En septembre 2025, Vincent Henry reçoit une proposition du comité de restructuration d'Humanoids Inc. pour reprendre La Boîte à Bulles en neuf jours contre une annulation de créance. Faute d'accès aux documents financiers nécessaires, l'accord n'est pas validé. L'ancien fondateur affirme avoir perdu « plusieurs centaines de milliers d'euros » et décrit un état de « semi-dépression ».
La structure continue donc néanmoins son activité début 2026 avec un nombre de publications réduit. Selon Libération, Vincent Henry conserve un « dernier espoir » de récupérer ses créances : un juge américain a contesté en novembre l'absence d'actifs au sein d'Humanoids Inc., laissant ouverte la possibilité d'un dédommagement partiel des créanciers. Fabrice Giger ne souhaite pas communiquer sur ces affaires.
