Avant-critique Histoire de l'art

Krzysztof Pomian, "Le musée, une histoire mondiale. Vol. 3. À la conquête du monde, 1850-2020" (Gallimard) : De l'apogée à la déconstruction

Krzysztof Pomian, "Le musée, une histoire mondiale. Vol. 3. À la conquête du monde, 1850-2020" (Gallimard) : De l'apogée à la déconstruction

POMIAN Krzysztof - Photo © Francesca Mantovani /Gallimard

Krzysztof Pomian, "Le musée, une histoire mondiale. Vol. 3. À la conquête du monde, 1850-2020" (Gallimard) : De l'apogée à la déconstruction

Du XIXe siècle triomphant aux problématiques actuelles, Krzysztof Pomian achève sa monumentale histoire mondiale du musée.

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Par Jean-Claude Perrier,
Créé le 22.09.2022 à 09h00 ,
Mis à jour le 22.09.2022 à 12h27

Comme dans de nombreux domaines, l'âge d'or des musées commence au milieu du XIXe siècle. Et, comme il fallait bien que Krzysztof Pomian choisisse une date repère, il a opté pour 1851, avec la première Exposition universelle organisée à Londres, à la fois vitrine du savoir-faire industriel de l'Angleterre et manifestation de sa toute-puissance coloniale. Les expositions internationales qui suivirent, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, et quelle qu'en soit la puissance organisatrice (la France, notamment), furent conçues sur le même modèle, avec le même présupposé idéologique, au service d'une propagande. En ce qui concerne les musées, participant de cette vaste entreprise, ils connurent à ce moment-là en Europe de l'Ouest une croissance exponentielle − on estime leur nombre entre 3 et 5 000. Leurs collections se multiplièrent, en particulier archéologiques, grâce à des campagnes de fouilles menées un peu partout (comme en Égypte, avec l'engouement mondial que l'on connaît). Des bâtiments sortirent de terre afin de les abriter et de les exposer à un public de plus en plus nombreux et fervent : en 1890, le Louvre accueillait déjà un million de visiteurs, comme le British Museum et la National Gallery de Londres. Le personnel reçut une formation exigeante au fur et à mesure que sa discipline se constituait en science, se développait (comme l'archéologie). Et apparurent non plus seulement des musées d'art ou d'archéologie, mais aussi des sciences, des techniques, d'histoire d'une ville ou d'un pays etc.

Le phénomène ne concerne pas seulement les puissances occidentales. Dès la fin du XVIIIe siècle, dans l'Empire britannique, apparut une vague qui mènera à l'ouverture de musées. Ainsi, en 1784, fut créée à Calcutta, alors capitale du Raj britannique, l'Asiatic Society. Bibliothèque et centre de recherches, elle fut d'abord ouverte aux colons, puis aux Indiens. La Society, qui existe toujours sur Park Street, fut la matrice de l'Indian Museum, d'abord musée d'histoire naturelle, cédé au gouvernement en 1866, avant de devenir, à partir de 1878, un musée d'art et d'archéologie, avec une des plus belles collections au monde d'art gréco-bouddhique du Gandhara. Ouvert à tous, le musée, au début du XXe siècle, accueillait chaque année près de 650 000 visiteurs asiatiques, pour moins de 10 000 européens.

Le dernier volume de l'entreprise de Krzysztof Pomian, véritable musée du musée, court jusqu'à notre époque, où, à quelques exceptions près (le Louvre Abu Dhabi, par exemple, ou le Getty Museum de Bilbao), on se plaît à déconstruire plutôt qu'à bâtir. Ainsi les collections des musées deviennent-elles l'objet de revendications de restitution parfois fondées, mais qui, lorsqu'elles sont satisfaites, n'offrent pas toujours de garanties sur le traitement réservé, sur place, aux artefacts restitués : conservation, préservation, exposition, sécurité, expertise... « La question est désormais posée », conclut Pomian, et se trouve au centre d'une « controverse qui n'est pas près de se terminer ». Faudra-t-il prévoir, un jour, un quatrième volume ?

Krzysztof Pomian
Le musée, une histoire mondiale. Vol. 3. À la conquête du monde, 1850-2020
Gallimard
Tirage: 10 000 ex.
Prix: 45 € ; 960 p.
ISBN: 9782072982781

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