Cowboy fringant. À la manière de Mathieu Sapin qui a rendu compte en BD des coulisses du film Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar, Guillaume Bouzard a été invité à raconter le tournage de la série télé Lucky Luke (à venir sur Disney+). Le voilà donc parti en Espagne, dans le désert qui a servi de décor aux westerns spaghettis. Hélas, ce sera en avion puis en voiture et non à cheval, comme il aurait aimé. Heureusement, en BD, tout est permis. Même de porter un costume de cowboy vintage et de discuter avec Rantanplan. Et de ne pas montrer grand-chose du tournage en question si l'on n'a pas envie. Sur la couverture, il fallait donc bien lire le titre à rallonge et la mention discrète en dessous : L'homme qui a vu l'homme qui filme l'homme qui tire plus vite que son ombre (presque journal d'un tournage). Tout est là : revisitant avec bonhomie le genre gonzo, Bouzard préfère se mettre en scène à faire des âneries que de montrer un chef opérateur en action. Même si, mine de rien, il brosse quelques portraits fugaces d'une maquilleuse ou d'un scénariste. Mais surtout, il confirme qu'il est bien l'un des auteurs les plus drôles de sa génération, maniant avec habileté différents registres de comique (répétition, absurde, décalage...), dans un style d'une implacable efficacité. Difficile donc de ne pas hurler de rire, notamment face au running gag de ses éditeurs en train de découvrir planche après planche, désemparés, l'imposture de ce « presque journal ». Ils auraient dû lire le titre plus attentivement.
L'homme qui a vu
Dargaud
Tirage: 20 000 ex.
Prix: 17,50 € ; 80 p.
ISBN: 9782205214383