Filéas (Fils d'informations libraires éditeurs auteurs) déploiera début mars la phase 2 de son dispositif avec l'intégration de données de vente quotidiennes, a appris Livres Hebdo auprès de la structure hébergée au Syndicat national de l’édition (SNE). Moins d’un an après le lancement des indicateurs hebdomadaires via les données de l’institut NielsenIQ BookData (GfK), la plateforme offre désormais aux professionnels du livre un accès aux ventes réelles à J+1, via un panel de 700 points de vente, majoritairement des librairies indépendantes, représentant environ 20 % du marché.
Cette nouveauté s'accompagne d'une autre innovation : l'affichage des ventes numériques quotidiennes. Filéas agrégera les données de plusieurs distributeurs majeurs comme Eden Livres, Hachette ou encore Interforum, permettant aux auteurs comme aux éditeurs de visualiser l'ensemble de leurs ventes, physiques et numériques, sur une interface unique.
« Cette deuxième étape va apporter une plus-value aux éditeurs, qui vont pouvoir voir immédiatement comment démarre le livre sur les premiers jours », explique à Livres Hebdo Harriet Seegmuller, directrice de Filéas.
Une réactivité accrue face aux problèmes de distribution
L'accès quotidien aux ventes promet de transformer la gestion éditoriale. Les éditeurs pourront désormais anticiper les réimpressions dès les premiers jours de commercialisation, éviter les ruptures de stock ou, au contraire, freiner la production si les ventes s'avèrent décevantes. L'outil permet également d'identifier rapidement les dysfonctionnements logistiques.
« Le fait de voir qu'à J+1 il n'y a pas de vente ou pas assez, cela permet de déceler un potentiel problème de livraison. Et de remonter la chaîne différemment qu’avec une information hebdomadaire », souligne Harriet Seegmuller, citant l'exemple d'un éditeur confronté à des retards de livraison liés aux intempéries hivernales dans une région donnée.
Les données quotidiennes s'afficheront en complément des indicateurs hebdomadaires déjà disponibles, consolidés par Dilicom à partir des flux de l'Observatoire de la librairie (SLF), de Datalib (Adelc) ou encore de la librairie Mollat, qui représente à elle seule près d’1 % du marché au niveau national.
Une mobilisation collective inédite
Cette performance technique repose sur une collaboration sans précédent au sein de la filière du livre. Lancé en 2024 après une phase de concertation impliquant auteurs, libraires et éditeurs, Filéas bénéficie d'un actionnariat constitué de huit structures interprofessionnelles.
« Ce qui est remarquable, c'est l’engagement de l’ensemble des acteurs. Tout le monde a joué le jeu et a réussi à trouver un terrain d'entente pour que les intérêts convergent. C'est vraiment le collectif qui permet à l’outil d’exister aujourd'hui, résume la directrice. Nous espérons à présent que le nombre de points de vente partenaires continue de s’étoffer significativement et que les grandes surfaces spécialisées nous rejoignent ».
Le dispositif offre un accès direct et gratuit pour les auteurs. Les éditeurs contribuent à son financement via un abonnement modulé selon leur chiffre d’affaires, de manière à permettre l’accès au service à des structures de toutes tailles.
Emilie Delaporte, Responsable mission, Harriet Seegmuller, Directrice et Léna-Ly Diop, Assistante communication- Photo OLIVIER DIONPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Des développements futurs en vue
Des indicateurs complémentaires seront déployés tout au long du 1er semestre. Filéas prévoit notamment de mettre à disposition des éditeurs, dès avril, des données de stock et d’écoulement avec l’intégration progressive d’outils de suivi, de fonctionnalités d’alerte et de tableaux de bord offrant une lecture plus globale de la performance des catalogues.
Au-delà du quotidien, Filéas travaille sur plusieurs axes d'évolution. Un accès spécifique pour les libraires, via des classements par catégories, sera développé pour le second semestre. L'intégration des ventes audio en abonnement figure également parmi les objectifs à plus long terme.
La plateforme suscite par ailleurs l'intérêt à l'international. Des présentations ont été effectuées auprès de professionnels japonais, allemands et belges. Si quelques dizaines de libraires belges font d’ores et déjà partie du panel initial de points de vente, une extension plus large à d’autres librairies belges et aux librairies suisses est à l'étude, bien qu'Harriet Seegmuller privilégie un retour d'expérience solide avant toute internationalisation.
Le suivi de ventes de livres au quotidien, évoqué de manière institutionnelle dès 2009, même sur 20 % du marché, constitue une prouesse logistique unique au monde dont les retombées ne manqueront pas d'être scrutées. « Je pense qu’il sera pertinent d'en reparler dans quelques mois, à l’issue d’un premier bilan. Nous avons fait le choix depuis le début d’une démarche progressive et itérative, nous disposerons alors d’un vrai retour d'expérience, que nous pouvons juste présumer pour l’instant », conclut Harriet Seegmuller.

