Livres Hebdo : Comment s'est déroulée cette édition de la foire du livre jeunesse de Bologne ?
Elena Pasoli : Cette édition a été l'une des meilleures jamais organisées. Nous avons accueilli plus d'exposants que l'année dernière, les allées étaient bondées et de nombreux événements ont eu lieu. Le thème central de la durabilité a été abordé sous différents angles, notamment à travers des discussions sur l'impact de l'industrie du livre et l'équité de genre dans la littérature jeunesse. J’ai pu assister à une conférence passionnante de Francesca Cavallo sur l'impact des livres destinés aux garçons d’aujourd’hui, qui a rencontré un grand succès.
Les prix des stands ont fortement augmenté, le Bief calculant 30 % de plus que l’an dernier. Comment l’expliquez-vous ?
30 % non, c’est impossible ! Nos tarifs ont augmenté de 2 à 4 %, ce qui reste raisonnable. Nous savons que l’industrie éditoriale de la jeunesse n’est pas riche et nous cherchons à minimiser l’augmentation des prix. La Foire de Bologne reste l'une des foires professionnelles les plus abordables, surtout comparée à celles de Londres ou de Francfort. Cependant, les prix des hôtels ont fortement augmenté, ce qui a suscité des plaintes parmi les exposants.
Avez-vous constaté une baisse de fréquentation ou une réduction du temps de présence des exposants ?
Non, nous avons suivi une tendance habituelle : le mercredi après-midi marque un ralentissement et le jeudi est surtout fréquenté par les professionnels italiens. La superficie de la foire a légèrement augmenté cette année, et le nombre d'exposants est passé de 1 543 à 1 577, ce qui montre un intérêt toujours soutenu, d’autant que nous avons accueilli moins d’exposants chinois cette année.
« Il est essentiel de mettre en place des régulations légales pour protéger la création »
Quel impact le contexte géopolitique a-t-il sur la Foire ?
Hormis cette absence des éditeurs chinois, liée je pense à la baisse du marché en Chine, nous ne constatons pas d’impact majeur des tensions économiques et diplomatiques, notamment avec les États-Unis par exemple. Je pense que les professionnels avaient déjà calé leur venue avant le changement politique américain. Nous restons cependant attentifs aux évolutions pour l’année prochaine. En revanche, nous avons accueilli plus de maisons d'édition israéliennes et palestiniennes que jamais tandis que la situation en Ukraine a toujours le même impact depuis deux ans sur la Foire.
On assiste à l’érosion des différents marchés du livre jeunesse dans les pays occidentaux. Comment cela se répercute-t-il à la Foire de Bologne ?
En Italie, nous avons observé une légère baisse de moins de 1 %, mais cela reste un marché dynamique. Les agents avec qui j’ai échangé avaient des agendas remplis de rendez-vous. Nous avons aussi lancé une plateforme de matchmaking à la dernière minute, et en quelques jours, entre 700 et 1 000 rencontres professionnelles ont été organisées, ce qui prouve l’intérêt toujours fort du secteur. Après, nous ne savons pas combien de contrats sont générés par ces rendez-vous !
Comment, à Bologne, l’édition jeunesse s'empare-t-elle de l'intelligence artificielle et du numérique ?
Le numérique est omniprésent et les enfants passent de plus en plus de temps sur les écrans. Notre objectif est d’assurer la migration de contenus de qualité entre les différents supports. Concernant l’intelligence artificielle, elle soulève des enjeux cruciaux en matière de droits d’auteur. Il est essentiel de mettre en place des régulations légales pour protéger la création. L'IA ne pourra jamais remplacer le talent humain, mais elle pourrait affecter la production de qualité intermédiaire. C'est un sujet clé sur lequel nous devons rester vigilants.