En couronnant Jeanne Rivière pour Lorraine brûle (Gallimard), le 20e prix RTBF n’a pas seulement distingué un premier roman paru il y a plus d’un an, mais également affirmé son ambition de relancer la prescription littéraire au sein de ses médias, en marge de la Foire du livre de Bruxelles (26-29 mars).
Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF, a posé le cadre sans ambiguïté : « Il y a 20 ans, c'était un prix d'une chaîne de radio. Aujourd'hui, c'est le prix d'un média qui se décline sur toutes les plateformes. » La distinction n'est pas que sémantique. Le groupe annonce cette année une diffusion étendue à Vivacité, autre fréquence du groupe, en plus de La Première, dans une logique explicite de multiplication des audiences.
La télévision est également mobilisée. « Culture en prime », émission culturelle présentée comme seule de son genre en prime time sur une première chaîne francophone belge, consacrera une place au lauréat après le journal télévisé. La Trois, de son côté, intègre le livre dans sa nouvelle émission Caramba, décrite par Jean-Paul Philippot comme un « retour à de vieilles traditions ».
Le numérique et l'enfance, nouveaux fronts
La RTBF engage également le podcast comme vecteur de prescription, y compris en direction de la jeunesse. « Cette année, grâce au podcast, on parle du livre aux enfants également », a précisé le dirigeant, soulignant un investissement de plusieurs années dans ce format à destination des plus jeunes. Le stand de la RTBF à la Foire du Livre matérialise cette dualité : contenus adultes et contenus enfants, distribués via des systèmes d'écoute à accès direct.
Le réseau public belge RTBF a investi massivement dans la diffusion de podcasts littéraires, notamment à destination de la jeunesse- Photo EDPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Imaginé par Laurent Dehossay en 2007, le dispositif de sélection n’a pas changé. Il repose sur un jury de dix auditeurs - quatre hommes et six femmes - constitué par La Première, auxquels s'ajoutent libraires, journalistes et bibliothécaires pour l'élaboration de la liste des dix romans en compétition. L’animateur a décrit ces jurés comme des « êtres quasi fabuleux capables de lire des centaines de pages » et de « débattre avec civilité, mais aussi avec beaucoup de résolution ».
Une mission publique revendiquée
Jean-Paul Philippot a explicitement articulé la prescription littéraire à la mission démocratique du service public : « Un engagement vis-à-vis de celles et ceux qui portent des valeurs de démocratie et de diversité. » Il a également salué la Foire du Livre de Bruxelles qui fête cette année ses 55 ans d'existence à Taxi et Tours, sans laquelle, a-t-il rappelé, « il n'y aurait pas de prix Première aujourd'hui ».
Vingt ans après son lancement, le prix s'affirme moins comme un label littéraire que comme un révélateur de la capacité d'un média public à convertir l'audience en communauté de lecteurs, et le livre en objet de politique éditoriale.

