Comment la production de livres a-t-elle évolué depuis le début du siècle ? Afin d’y voir plus clair, le Syndicat de la librairie française et le Syndicat national de l’édition ont commandé à Aqoa une étude dont les résultats ont été présentés ce dimanche 7 juin lors des Rencontres nationales de la librairie. Il est à noter que le périmètre de l'étude Aqoa diffère de celui du bilan de la production de livres publié chaque année par Livres Hebdo, dont les données fournies par Electre Data Services comprennent les nouveautés, les nouvelles éditions revues et augmentées et les rééditions en poche.
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Selon les chiffres communiqués par Aqoa, quelque 34 504 livres ont été publiés en France en 2000, contre 54 206 en 2025, ce qui représente une augmentation moyenne de 1,8 % du nombre de publications chaque année (soit +57 % en 25 ans). Cette croissance se concentre surtout sur la période 2000-2016 (+ 3,4 % /an, avec un pic en 2016, pour 59 000 publications), soutenue par l’éclosion de nombreuses nouvelles maisons d'édition.
Entre 2016 et 2021, seules les catégories Littérature et BD/Manga ont continué de progresser, tandis que les familles Pratique, Jeunesse et Sciences Humaines et Sociales ont vu leur nombre de parutions décroître.
Depuis 2021, la production recule de 2,2 % par an. Ce chiffre cache néanmoins de fortes disparités, certains segments ayant continué de progresser comme les rééditions (+12,1 % par an depuis 2022), portées par le phénomène des collectors et des éditions spéciales que l’on retrouve plus spécifiquement en Littérature et Manga. La Littérature atteint ainsi en 2025 un pic de 15 000 publications, du jamais vu en 25 ans. Mais c’est en BD et Manga que l’on observe la plus forte croissance sur la période : +6,7 % (une croissance de 8,2 % entre 2000 et 2016, de 5,1 % de 2016 à 2021 et de 2,6 % de 2021 à 2025).
En 2025, sur les 54 000 publications, 40 000 se sont effectivement retrouvées dans l'une des 170 libraires du panel, soit 73 % des publications. C’est le plus gros pourcentage sur la période retenue, 2017-2025. Et pour nombre de libraires ayant assisté au dévoilement de l'étude lors des Rencontres nationales de la librairie, c'est trop.
Sur scène, le directeur général du Syndicat national de l’édition (SNE), Renaud Lefebvre, leur a donné en partie raison. « La seule solution sera pour les éditeurs de réguler leur production en essayant de faire en sorte que les livres qu’ils ne publient finalement pas ne soient pas ceux qui auraient marché ».
Une question était dans tous les esprits : l'ensemble des éditeurs jouent-ils le jeu de la baisse de la production ? La part de chacun semble stable, ceux qui publient plus de 200 titres par an représentent entre 25 % et 31 % de l’offre sur 25 ans. Mais si le chiffre des parutions par éditeur est stable, celui du nombre d’éditeurs a crû de 21 % sur la même période. En 2000, on dénombrait 2 513 maisons d’édition identifiées en France. Leur nombre a atteint un pic à 3 777 entités en 2013, avant de retomber à 3 043 en 2025.
Régulation du marché et trêve de nouveautés
Renaud Lefebvre a vu dans cette baisse du nombre d'acteurs le signal de la régulation naturelle du marché. Si la production ne peut être absorbée par le nombre de lecteurs qui décroît, « des éditeurs mettent la clé sous la porte », a-t-il observé.
Mais le rythme reste encore trop soutenu pour les libraires. Plusieurs, dans l’assemblée, ont dénoncé la « pression insupportable » que font peser sur eux certains représentants. Surtout lorsque ces libraires décident de faire la trêve de nouveautés.
Sur scène, le directeur de la diffusion du Groupe Madrigall, Bruno Caillet, a défendu ses représentants « qui se battent pour des livres qui ont du sens. » « Et on ne conditionne pas la prime au nombre de bouquins placés chez un libraire. On n’aurait aucun intérêt à pousser des libraires à commander des livres qu’ils ne vendraient pas », a-t-il ajouté.
Renaud Lefebvre a renchéri : « Je veux tordre le cou à une légende urbaine selon laquelle l’éditeur se financerait sur les retours. Un éditeur qui se financerait par la maximisation de ses mises en vente pour générer de la trésorerie est déjà en défaut de paiement ».
Avant de conclure : « En sélectionnant comme vous le faites, vous envoyez un message à l’amont de la chaîne. Ceux avec qui vous travaillez finiront par en tenir compte ». Dans l'assemblée, quelques libraires lui ont rétorqué : « Cela fait longtemps que l’on envoie des messages ! »
