Adieu relié, bonjour broché ? À l'heure de l'explosion des coûts de fabrication, la tentation est grande pour les éditeurs d'opter pour les formules les moins onéreuses. Pour Emmanuel Melki, directeur commercial chez Aubin Imprimeur, l'heure des économies ne devrait plus tarder. « Les éditeurs ont digéré les hausses au premier semestre, ils optimisent au second semestre leurs coûts de production et de distribution, par exemple en réduisant les tirages et en annulant certains réassorts. Les économies sur la fabrication sont l'étape suivante. » Certains éditeurs ont déjà fait leurs calculs : chez La Martinière, le directeur général délégué Séverin Cassan estime « à 20 à 30 % du coût de production hors papier » l'économie réalisée grâce au passage d'un format relié à un format broché avec rabats. De la même manière, supprimer la jaquette des couvertures permet de gagner environ 35 centimes par exemplaire, note-t-il.
Plus classiquement, les ouvrages à forte pagination sont parfois contraints au régime minceur. Pour tenir les coûts, Nouveau Monde a par exemple réduit de 80 pages le beau-livre 1 000 albums rock des années 1950 à nos jours, initialement conçu pour tenir en 800 pages. « Nous avons joué sur la taille des illustrations et densifié la maquette, mais sans toucher au texte, explique Yannick Dehée, le directeur général. Mais même à 720 pages, les devis de fabrication sont douloureux. » Pour s'assurer de bonnes mises en place lors la parution à l'automne prochain, Nouveau Monde ne souhaitait pas dépasser les 40 euros de prix de vente. « Au-delà d'un certain montant, la diffusion nous alerte sur le potentiel de mises en place », poursuit Yannick Dehée. L'équation est d'autant plus compliquée que la présentation du livre aux libraires a commencé alors que l'éditeur n'avait pas encore commandé le papier. Il ignorait donc le coût de revient final.
