Si le prix du papier a toujours connu des fluctuations, la crise actuelle dénote par son ampleur. Selon l'indice de prix de production de l'industrie française pour le marché français, le prix du papier et du carton a bondi de 50 % entre janvier 2021 et mai 2022. Du jamais vu dans un laps de temps aussi court. Hyper consommatrice en gaz et électricité, l'industrie papetière a de plus en plus de mal à assumer la hausse du coût de l'énergie. Tant en raison d'un niveau élevé de la demande que des tensions géopolitiques, le gaz était quasi cinq fois plus cher en 2021 qu'en 2020. Dans le même temps, l'électricité a vu son prix multiplié par trois. La guerre en Ukraine ajoute une part d'inconnue supplémentaire. « Le risque, pour le second semestre, est de voir des usines s'arrêter de tourner car confrontées à des coûts de fonctionnement trop élevés, redoute Pascal Lenoir, directeur de la fabrication chez Gallimard et président de la commission environnement et fabrication du -Syndicat national de l'édition. Si l'Europe ne trouve pas d'alternative aux approvisionnements en gaz russe, la situation s'annonce problématique pour l'ensemble du marché. » D'autres matières premières voient également leur prix s'envoler : ces derniers mois les imprimeurs ont par exemple payé les plaques offset jusqu'à 45 à 60 % plus cher. La relative décrue des prix de l'aluminium, amorcée au début de l'été après un pic record à plus de 4 000 dollars la tonne sur le London Metal Exchange en mars dernier, laisse cependant augurer un relatif retour à la normale : fin juin, l'aluminium était retombé à 2 500 dollars la tonne.
