C’est simple, en fait, de faire le libraire numérique : il suffit de recréer, avec des bases de données, le bon vieux métier de l’ancêtre papier qui brasse en permanence ses tables et travaille ses étagères pour faire acheter à ses clients des livres qu’ils ne cherchaient pas. Le problème, ce sont justement les bases de données. « Nous révisons toutes les notices », annonce d’emblée Bernard Strainchamps, le libraire de Feedbooks responsable du catalogue francophone, qui compte quelque 40 000 références - sans les ebooks d’Hachette, que le diffuseur du groupe refuse toujours de lui fournir. Ancien bibliothécaire, qui sait ce que classer veut dire, puis fondateur de Bilbliosurf, il est intarissable et parfois franchement cruel sur la qualité des métadonnées fournies par les distributeurs.
Cette librairie 100 % numérique, qui vend aussi des titres en anglais (233 400), italien (19 700), espagnol (13 400) et allemand (12 900), dispose sans doute d’une des meilleures expériences dans le secteur. Le cœur du travail repose sur l’indexation, qui permet de multiples tris thématiques sur le principe d’une recherche à facettes, que les utilisateurs d’Electre connaissent bien : à partir d’un mot-clé d’une notice, le lecteur repart sur les titres de la même catégorie, ou d’un sujet voisin, qu’il peut affiner ensuite. La qualité du catalogage détermine une partie des performances de la librairie, et ce devrait être un élément important dans le choix du prestataire des libraires indépendants. Le principe est le même que pour la vente de livres papier sur Internet, déjà plus ancienne, mais les bases ne sont pas encore homogènes. L’enrichissement de contenu, avec des interviews, blogs, liens vers les critiques, dossiers thématiques en fonction de l’actualité, est aussi primordial pour l’animation de la librairie électronique, comme sortir du seul classement meilleures ventes-nouveautés - lesquelles restent aussi très importantes.
Encore faut-il obtenir de l’information à temps à leur sujet. « La communication des éditeurs et des diffuseurs s’améliore, mais elle reste imparfaite par rapport au papier », constate Nicolas Rouault, chargé de la librairie de Cybook. La mise à l’office des ebooks au jour annoncé connaît aussi des ratés, y compris pour des nouveautés importantes, alors que c’est rarissime dans le papier. De même que la diffusion des promotions, note Bernard Strainchamps, qui appelle systématiquement les éditeurs ayant participé à l’« offre éclair » quotidienne d’Amazon sans faire la même proposition à tous. « C’est dans la loi », insiste-t-il.
