Utiliser du papier recyclé permettrait de réduire d’environ 20 % la production carbone de l’impression des livres en raison des besoins moindres en matière première, énergie et eau nécessaires à la fabrication de cette pâte par rapport à la production à partir de fibres vierges, selon Carbone 4, la société qui produit le bilan CO2 d’Hachette. Le groupe avait l’ambition d’imprimer 20 % de ses livres sur du recyclé quand il s’est lancé dans ce programme. "Nous nous sommes heurtés au manque de papier disponible", regrette Ronald Blunden, directeur de la communication d’Hachette et responsable de ce projet. En 2010, la députée UMP Fabienne Labrette-Ménager, élue de la Sarthe où est implanté Arjowiggins, avait tenté d’imposer la fabrication de tous les manuels scolaires sur du recyclé. Le SNE s’est mobilisé pour contrer la mesure, arguant que les papetiers ne pouvaient fournir les quantités nécessaires.
Quasi-monopole
"Il n’y a aucun problème de capacité en papier recyclé en France, et Arjowiggins Graphic n’est pas le seul acteur européen capable de fournir du papier recyclé", répond le producteur. Filiale du groupe français Sequana, Arjowiggins est devenu le spécialiste de cette production dont il détient un quasi-monopole en France depuis la fermeture en 2012 de Vertaris, autre producteur de recyclé basé près de Grenoble. En réalité, le problème du prix est au moins aussi important que celui de la quantité. Classé dans la catégorie des "spécialités", le Cocoon, la qualité la plus blanche des recyclés d’Arjowiggins, coûte 15 à 20 % de plus que le même papier produit à partir de fibres de cellulose vierge. "C’est vraiment trop cher. Quand Vertaris a fermé, nous avons dû arrêter d’utiliser du recyclé", regrette Marie Décamps, responsable de la fabrication de Terre vivante. L’éditeur s’est rabattu sur une qualité moindre pour sa revue et les retirages de titres pour lesquels il n’est plus nécessaire de rechercher la perfection. Le surcoût atteint quand même environ 5 %.
Arjowiggins n’a pas fourni d’explication sur ce paradoxe. Il peut s’expliquer par une faible demande en France, dont l’origine vient de la conviction que les lecteurs préfèrent un papier bien blanc. Les imprimeurs n’apprécient pas plus la fibre de récupération, qui tiendrait moins bien que la cellulose encore jamais travaillée. Le prix aggrave le problème et la demande ne décolle pas, interdisant la production en masse qui permet d’amortir les charges.
Dans les 34 propositions de son rapport sur l’industrie papetière rendu l’an dernier, le député Serge Bardy a retenu une suggestion de Richard Dolando, directeur de la fabrication d’Editis : faire imprimer non pas tous les manuels scolaires, mais ceux d’une ou deux disciplines sur du recyclé, de façon à garantir un marché au papetier, qui pourrait anticiper la production tandis que les éditeurs seraient tous à égalité. Mais cette idée semble avoir été oubliée depuis la remise de ce rapport au &bs;Premier ministre.
