La crise rend prudent. À l'instar des éditeurs de littérature, dont la production de romans pour la rentrée littéraire connaît son plus bas niveau depuis vingt ans, l'ensemble du secteur tend à minimiser les prises de risques. « Tout le monde est beaucoup plus rigoureux dans ses choix. Il y a des projets qui restent dans les tiroirs », concède Renaud Dubois, patron d'Amphora. « Nous avons l'habitude d'investir des segments de marché encore peu travaillés par la concurrence. Avec la crise actuelle, je suis plus regardant. On a moins le droit à l'erreur », indique pour sa part Enrick Barbillon, fondateur d'Enrick B. Éditions. De la même manière sur le marché des classes prépas, Studyrama a repoussé le lancement de nouveaux titres en quadrichromie préparant aux écoles d'ingénieur. « Il s'agit d'une implantation de marché. Nous aurions pris le risque il y a trois ans, aujourd'hui nous attendons », résume le directeur, Frédéric Vignaux.
Chez Amphora, Renaud Dubois se défend pourtant de diminuer la production : « Il y a bien eu quelques annulations de titres dont l'équation économique était devenue trop risquée, mais nous maintenons notre volume global de parutions et nous restons à l'affût des opportunités », précise-t-il. Dans le même temps, l'éditeur répercute l'inflation sur le prix de ses nouveautés et nouvelles éditions. Pour des titres équivalents, l'augmentation sur un an est comprise entre +5 et +10 %.
5 à 10 % de hausse
De fait, la revalorisation des prix est l'autre levier privilégié par les éditeurs. Ils sont nombreux à revoir leur grille tarifaire : ActuSF annonce 5 % d'augmentation moyenne, soit un euro par titre. Chez Gallimard, la grille globale des prix Folio a été revue. « Par exemple, un livre à 7,60 euros passe à 7,80 euros, c'est une hausse modérée », indique Sophie Kucoyanis, responsable des collections essais chez Folio. Gallimard Jeunesse réévalue également le prix de ses livres en noir et, « à la carte », celui de ses illustrés. « Nous restons prudents car le marché de la jeunesse est très sensible aux prix », confie la présidente de Gallimard Jeunesse, Hedwige Pasquet.
Rue de l'Échiquier, qui ouvre son catalogue au roman à la rentrée, aurait aimé s'en tenir à 20 euros pour cette nouvelle offre, mais « ça ne passait pas avec l'imprimeur », relève le cogérant Thomas Bout, contraint de retenir un prix de vente de 22 euros. Tous les acteurs n'ont pas la même latitude pour agir : les éditeurs universitaires, en particulier, jouent la stabilité pour ne pas faire fuir un lectorat étudiant désargenté. « Le seul moyen de tenir les coûts est de réduire les tirages et de travailler plus finement les réimpressions », tranche Annie Zivkovic, directrice de production chez Ellipses.
