Huit femmes. Au Pays du matin calme, le roman de Cho Nam-joo Kim Jiyoung née en 1982 (Nil, 2020) a fait grand bruit et a été salué dès sa sortie en 2016 comme la face littéraire du #MeToo coréen. Il dénonçait l'iniquité de la condition féminine en Corée du Sud à travers les six âges de la vie d'une certaine Jiyoung - un des noms les plus donnés dans la partie méridionale de la Péninsule -, -emblématique de la Coréenne contemporaine. Dix ans après ce best-seller féministe paraît en France la traduction d'un recueil de nouvelles, Miss Kim.
Cette fois encore, il s'agit d'histoires de femmes, huit précisément, de la femme en devenir, la collégienne (« L'amour au temps du Covid »), à la femme au seuil de la mort, résidente d'un EHPAD (« Sous un abricotier »), en passant par la jeune femme, employée d'une boîte de com' spécialisée dans le domaine médical (« Miss Kim le sait »), ou encore la femme d'âge mûr faisant un point sur sa vie (« Les filles grandissent »). Mais si l'écrivaine et scénariste, née en 1978 près de Séoul, nous fait ici éprouver à travers les yeux de ses protagonistes le sentiment d'être dans une société masculiniste et fort hiérarchisée, Cho Nam-joo, par le truchement de ce regard féminin, parvient à élargir la focale et nous présente un panorama plus vaste. Vie de bureau et recrutement népotique, inégalités sociales, sort réservé au grand âge dans un monde de plus en plus individualiste... Cho -Nam-joo peint avec une cruelle acuité la Corée d'aujourd'hui.
Puissante est l'autrice de cette lettre de rupture qui affirme son autonomie en refusant le mariage. La narratrice du récit de la fin de vie de sa vieille sœur atteinte de la maladie d'Alzheimer a l'air quant à elle plus indécise, quoiqu'elle se révèle également forte dans son acceptation de l'impermanence. « [...] Puis toutes les fleurs tomberont et se disperseront, tels des flocons », se dit-elle devant l'abricotier. Dans Miss Kim, on est touché par tous les personnages, même secondaires, même masculins... La mélancolie n'est pas genrée. Et tout l'art de la nouvelliste consiste à montrer que lorsque les choses ont trait à l'âme, rien ne saurait être second- ni les petits pois dans leur cosse préparés avec amour par une mère, ni une aurore boréale qu'on prend le temps de contempler... Le cœur se niche dans les détails.
Miss Kim
RobertLaffont
Traduit du coréen par Pierre Bisiou et Choi Kyung-Ran
Tirage: 6 000 ex.
Prix: 19,90 € ; 288 p.
ISBN: 9782221282830
