Avant-critique Histoire

Aubrée David-Chapy, "Louise de Savoie. Régente et mère du roi" (Passés/Composés)

La statue de Louise de Savoie au jardin du Luxembourg à Paris. - Photo OLIVIER DION

Aubrée David-Chapy, "Louise de Savoie. Régente et mère du roi" (Passés/Composés)

Aubrée David-Chapy signe une biographie de Louise de Savoie, mère de François Ier, en restituant les multiples facettes de cette régente humaniste.

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Par Sean Rose
Créé le 19.10.2023 à 09h00

Dame puissante. La Renaissance en France est associée dans l'imaginaire collectif à François Ier : 1515 et la victoire de Marignan, Fontainebleau et ses artistes, les châteaux de la Loire... Au-delà de l'image d'Épinal, les témoignages des contemporains à la cour de France corroborent sa réputation de prince humaniste. Ainsi Baldassare Castiglione note que, alors qu'il n'était encore qu'héritier présomptif de son grand-cousin Louis XII, François d'Angoulême était un mélange de bonne éducation et de courtoisie, conversant dans les langues étrangères. Cette ouverture d'esprit prônée par Érasme, héraut de l'humanisme, lui fut inculquée par sa mère Louise de Savoie, veuve d'un puîné de la branche cadette des Valois, le comte d'Angoulême, et elle-même alliée aux puissants ducs de Bourbon. Le fils devenu roi sait gré à sa mère de son dévouement à ses enfants, de cette éducation faite d'amour des lettres, et l'élève au rang de duchesse. Mais c'est surtout à cette femme cultivée et prudente que François Ier confie par deux fois les clés du royaume en qualité de régente, lors de la campagne victorieuse susmentionnée (1515) et quand il est fait prisonnier à la bataille de Pavie par Charles Quint (1525-1526).

S'il n'était pas rare à l'époque médiévale de rencontrer des femmes de pouvoir, ces mère, fille ou épouse de roi ne virent jamais leur autorité légitimée aussi explicitement que l'a été celle conférée à Louise de Savoie par François Ier. Blanche de Castille, mère de Saint Louis, a certes été régente pendant la minorité de ce dernier ; de même, Anne de France, fille aînée de Louis XI, a assuré la régence avec son époux Pierre de Beaujeu, quand son frère âgé de 13 ans, Charles VIII, accède au trône. Mais avec Louise de Savoie, le titre de régente est formalisé dans les édits royaux.

En outre, c'est une idée bien particulière de la régence que la mater regis, « mère du roi », veut avancer. Dans la biographie que lui consacre Aubrée David-Chapy, l'historienne spécialiste du pouvoir politique des femmes du XVIe au XVIIe siècle, montre à quel point la duchesse d'Angoulême a voulu asseoir son autorité sur le fondement de ce lien de parenté avec le roi, c'est-à-dire du seul fait qu'elle est sa génitrice. Le Parlement, garant de la souveraineté du roi et de l'intérêt supérieur du royaume, ne reconnaît l'autorité de la régente qu'en tant qu'elle a été juridiquement déléguée par ledit roi et non par quelque légitimité basée sur le sang. Ici s'affron-tent deux conceptions du pouvoir royal : l'une où le roi (ou la régente) soumet ses actes à la sagesse des parlementaires, l'autre où il impose sa loi parce que tel est son bon plaisir... Mais loin d'être une despote capricieuse, Louise de Savoie, tout imbue de préceptes chrétiens et des trois vertus - raison, droiture et justice - défendues par Christine de Pizan, œuvre pour la concorde en faisant signer la paix des Dames en 1529, qui met fin à la guerre d'Italie. Catherine de Médicis, mère des arrière-petits-enfants de Louise, devenue régente de France à son tour, s'inspirera de cet insigne modèle de pouvoir au féminin.

Aubrée David-Chapy
Louise de Savoie. Régente et mère du roi
Passés / Composés
Tirage: 5 000 ex.
Prix: 22 € ; 304 p.
ISBN: 9791040402312

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