Mercredi 19 octobre à 18h, dans l'un des salons de la Foire du livre, une cinquantaine de professionnels, parmi lesquels Françoise Nyssen, la directrice d'Actes Sud, son éditrice en France, se sont réunis à l'invitation de l'agent Pierre Astier, qui s'occupe des droits de l'écrivaine depuis sept ans à travers son agence Astier-Pécher Literary & Film Agency. Une dizaine de proches collaborateurs, éditeurs, traducteurs ou personnalités du monde du livre se sont succédées sur la scène, en présence du directeur de la Foire, Juergen Boos, pour donner des nouvelles d'Asli Erdogan et rappeler leur attachement à la liberté d'expression.
Défendre la liberté d'expression
"Tant qu'Asli Erdogan est en prison, nous le sommes tous", a indiqué Pierre Astier, le premier à prendre la parole, enjoignant l'assistance à signer la pétition pour sa libération sur Change.org, tandis que Juergen Boos affirmait la nécessité de "parler, en son nom mais aussi au nom de toutes les personnes qui ne peuvent pas parler librement".
Depuis sa prison à Istanbul, Asli Erdogan, âgée de 50 ans, a tenu à écrire une lettre lue à la tribune, rappelant qu'elle était accusée d'appartenir à une organisation terroriste simplement pour avoir écrit des chroniques dans le journal pro-kurdes Ozgur Gundem. La présidente du PEN Club international, Jennifer Clément, a pris elle aussi la parole, soulignant qu'il était de son devoir de célébrer aussi l'œuvre d'Asli Erdogan, auteure de huit romans traduits dans une douzaine de langues.
Lucien Leitess, éditeur allemand d'Asli Erdogan chez Unionsverlag, l'un des derniers à s'exprimer, a brandi une dizaine de cartes postales, incitant le public à envoyer un mot de soutien à la romancière.
Pas de procès
Après la tentative de coup d'Etat cet été et la mise en place de l'Etat d'urgence par le gouvernement turc, des centaines de journalistes ont été arrêtés à Istanbul, et vingt-sept maisons d'édition fermées. Malgré la mobilisation des acteurs du livre, Asli Erdogan, arrêtée puis déférée pour "propagande en faveur d’une organisation terroriste", "appartenance à une organisation terroriste" et "incitation au désordre", n'a toujours pas eu droit à un procès, le tribunal d'Istanbul ayant rejeté son recours en justice le 5 septembre.
L'agent littéraire américaine Amy Spangler, vivant en Turquie et traductrice de l'œuvre d'Asli Erdogan, a rappelé à Livres Hebdo que la Turquie avait sombré dans le chaos depuis le coup d'Etat manqué de juillet. "Le gouvernement renouvelle tous les trois mois l'état d'urgence, qui a supprimé les droits les plus élémentaires des individus", a-t-elle expliqué. "Nous avons tous des amis qui ont été tués, de nombreux médias et universités ont été fermés et des étudiants arrêtés sans raison."