Compte-rendu

5 pistes pour rendre le métier de bibliothécaire attractif

5 pistes pour rendre le métier de bibliothécaire attractif

A l’occasion des Rencontres nationales des métiers et de la formation en bibliothèque territoriale mardi 12 mars, le ministère de la Culture, l’Association des bibliothécaires de France (ABF) et la Fédération nationale des associations de directeurs et directrices des affaires culturelles des collectivités territoriales (Fnadac) ont réfléchi au manque d’attractivité des métiers des bibliothèques. Qui rejoint plus globalement celui de la fonction publique. Quelles causes pour quelles solutions ?

J’achète l’article 1.5 €

Par Fanny Guyomard
Créé le 13.03.2024 à 10h14

C’est un constat apparu au fil des Rencontres nationales des métiers et de la formation en bibliothèque qui ont tenu mardi 12 mars leur 4ᵉ rendez-vous annuel à la BPI à Paris : les métiers des bibliothèques souffrent d’un manque d’attractivité. « Il y a une dizaine de postes vacants de direction de bibliothèque départementale en ce moment », relève Valérie Travier, cheffe du bureau de la lecture publique, ministère de la Culture. Et d’ajouter cette donnée : 40% des fonctionnaires partiront à la retraite d'ici à 2030.

« Les difficultés à recruter sont sur toute catégorie hiérarchique confondue : A, B, C. En C, nous avons notamment du mal à avoir des profils informatiques, numériques », abonde Hélène Brochard, présidente de l’Association des Bibliothécaires de France (ABF). Sachant que C est la moins bien rémunérée. Ce qui n’est pas le cas dans le privé, qui aspire les potentiels candidats.

Cercle vicieux : « Les agents prennent les missions d’un collègue, mais ça les conduit à l’épuisement et au départ », signale Christophe Bennet, président de la Fédération nationale des associations de directeurs et directrices des affaires culturelles des collectivités territoriales (Fnadac), qui complète le trio de la table ronde.

Alors pourquoi les métiers des bibliothèques souffrent-ils d’un manque d’attractivité, et comment y remédier ? Cinq pistes ont été dégagées. 

 

1) Mieux faire connaître les métiers des bibliothèques, en pleine transformation

« Les sites d’orientation professionnelle donnent des définitions périmées du métier de bibliothécaire, estime Hélène Brochard. Alors comment toucher des personnes qui ne fréquentent pas de médiathèque et qui y auraient toute leur place ? ». 

 

2) Sensibiliser les ressources humaines et les élus

Et en s’ouvrant à des profils atypiques, ce qui passe par la sensibilisation des ressources humaines. « La DRH m’a fait confiance pour recruter des agents en catégorie C qui n’ont pas été formés en métier du livre, et je ne le regrette pas », sourit Hélène Brochard, bibliothécaire à Villeneuve-d’Ascq. Régie technique de spectacle pour les animations, parcours scientifique pour les collections scientifiques… Des CV que la DRH n’aurait pas retenus de prime abord.

Sans oublier la sensibilisation des élus, rappelle Christophe Bennet : « Ils doivent comprendre le rôle social des équipements culturels. À partir du moment où il est identifié, il y a moins de risque que les médiathèques soient sacrifiées sur l’autel des économies budgétaires. »

 

3) Offrir une meilleure rémunération

Ce qui amène à la question des salaires. La responsable de celle de Melun raconte peiner à recruter des profils numériques. « Le privé offre une rémunération supérieure. Le seul levier que j’ai, c’est de parler d’un métier passion et de projets innovants ! »

Valérie Travier rebondit : « Le privé ne paie pas toujours plus. Le problème est peut-être la progression de carrière : on ne part pas très haut, mais on n’arrive pas très haut non plus. »

Comment favoriser la promotion ? « Il faut faire du lobbying auprès de la collectivité pour que les promotions touchent aussi les postes culturels », soutient le président de la Fnadac.

 

4) Offrir un meilleur cadre de travail

À défaut de rémunération élevée, reste l’offre d’un cadre de travail qui répond à de nouvelles attentes. Le télétravail ? Tous les postes ne sont pas aménageables. Horaires confortables ? Incompatible, pour beaucoup, avec l’ouverture de la médiathèque le week-end. Restent des métiers ingrats, comme « chauffeur magasinier qui colle des gommettes, recouvre les livres et conduit des bus », plaint une participante. Mais de nombreuses médiathèques transforment justement ces postes peu attractifs.

Globalement, beaucoup d’employés ont envie de liberté. « Les collègues de catégorie C, il faut qu’ils aient la liberté de faire plein de choses. Il ne faut pas être dans l’état d’esprit daté de ‘chacun reste à sa place’ », insiste Hélène Brochard.

Et face au privé, certains souhaitent travailler dans la fonction publique. Défense de l’intérêt général. Et emploi stable, raconte Christophe Bennet : « J’ai rencontré un graphiste venant du privé accepter de voir son salaire divisé par trois pour avoir une vie plus stable ». Un autre collègue a lui renoncé à son statut pour devenir contractuel et avoir un salaire 15% plus élevé…

 

5) Clarifier la formation

Reste l’offre de formation. Pour aider à se repérer, le ministère de la Culture sort deux guides, l’un sur les métiers, la formation et les concours de bibliothèques, l’autre sur la formation en continu. Mais les bibliothèques départementales n’offrent pas des formations de même niveau, pointe un participant… Et reste à trouver un territoire où le conjoint trouve lui aussi un emploi.

Les dernières
actualités